Il ne tressaille pas. Il n’écrit pas non plus. Il regarde Minne profondément, sans colère, jusqu’à ce qu’elle s’impatiente.

—Eh bien, écris donc!

—Minne, dit Antoine d’une voix changée et lente, pourquoi fais-tu cela?

Elle croise sur sa poitrine son châle blanc, d’un geste de défiance. Une émotion nouvelle rosit ses joues transparentes. Antoine lui paraît étrange, et c’est à son tour de le regarder, d’un air lointain et divinateur. Peut-être découvre-t-elle, à travers lui, l’instant d’un regret, l’Antoine qu’il sera dans cinq ou six ans, grand, solide, à l’aise dans sa peau comme dans un vêtement à sa taille, n’ayant gardé d’aujourd’hui que ses doux yeux de brigand noir?...

—Pourquoi, Minne? Pourquoi me fais-tu cela?

—Parce que je n’ai confiance qu’en toi.

Confiance! elle a trouvé le mot qui suffit à abîmer la volonté d’Antoine... Il obéira, il écrira la lettre, soulevé par ce flot de lâcheté sublime qui a absous tant de maris complaisants, tant d’amants humbles et partageurs...

—«Mon bien-aimé, que tes chers yeux ne s’étonnent pas d’une écriture qui n’est pas la mienne. Je suis malade et quelqu’un de dévoué...» La voix de Minne hésite, semble traduire mot à mot un texte difficile...

—«...quelqu’un de dévoué veut bien te donner de mes nouvelles, pour que tu te rassures, que tu te donnes tout à ta dangereuse carrière...»

«Sa dangereuse carrière!» rumine Antoine. «Il est chauffeur?... ou sous-dompteur chez Bostock?»