Maman replie les persiennes de fer. Le murmure des sycomores entre par la fenêtre, avec un rayon de jour vert et vif, un souffle frais qui sent l’air et l’asphalte.

—Un temps superbe!

Minne, assise sur son lit, fourrage les soies emmêlées de sa chevelure. Parmi la clarté des cheveux, la pâleur rose de son teint, la noire et liquide lumière de ses yeux étonne. Beaux yeux, grands ouverts et sombres, où tout pénètre et se noie, sous l’arc élégant des sourcils mélancoliques... La bouche mobile sourit, tandis qu’ils restent graves... Maman se souvient, en les regardant, de Minne toute petite, d’un bébé délicat tout blanc, la peau, la robe, le duvet de la chevelure, un poussin argenté qui ouvrait des yeux étonnants, des yeux sévères, tenaces, noirs comme l’eau ronde d’un puits...

Pour l’instant, Minne regarde remuer les feuilles d’un air vide. Elle ouvre et resserre les doigts de ses pieds, comme font les hannetons avec leurs antennes... La nuit n’est pas encore sortie d’elle. Elle vagabonde à la suite de ses rêves, sans entendre Maman qui tourne par la chambre, Maman tendre et toute fraîche en peignoir bleu, les cheveux nattés...

—Tes bottines jaunes, et puis ta petite jupe bleu marine et une chemisette... une chemisette comment?

Enfin réveillée, Minne soupire et détend son regard:

—Bleue, maman, ou blanche, comme tu voudras.

Comme si d’avoir parlé lui déliait les membres, Minne saute sur le tapis, se penche à la fenêtre: il n’y a pas de sergent de ville étendu en travers du trottoir, un couteau dans la nuque...

«Ce sera pour une autre fois», se dit Minne, un peu déçue.

L’arôme vanillé du chocolat s’est glissé dans la chambre et stimule sa toilette minutieuse de petite femme soignée; elle sourit aux fleurs roses des tentures. Des roses partout sur les murs, sur le velours anglais des fauteuils, sur le tapis à fond crème, et jusqu’au fond de cette cuvette longue, montée sur quatre pieds laqués en blanc... Maman a voulu superstitieusement des roses, des roses autour de Minne, autour du sommeil de Minne...