Une porte s’ouvre furieusement et la voix de Marthe vocifère:

—Vous allez me faire le plaisir de faire disparaître de la maison toute cette cochonnerie de marée! Et pendant une semaine je vous défends de servir autre chose que des œufs à la coque et du poulet rôti!

MUSIC-HALLS

On répète en costume, à l’X... une pantomime que les communiqués prévoient “sensationnelle”. Le long des couloirs qui fleurent le plâtre et l’ammoniaque, au plus profond de l’orchestre, abîme indistinct, circulent et se hâtent d’inquiétantes larves... Rien ne marche. Pas fini, le décor trop sombre qui boit la lumière et ne la rend pas; mal réglés, les jeux de halo du projecteur,—et cette fenêtre rustique enguirlandée de vigne rousse, qui s’ouvre de bonne grâce, mais refuse de se clore!...

Le mime W... surmené, fait sa dame-aux-camélias, la main sur l’estomac pour contenir une toux rauque; il tousse à effrayer, il tousse à en mourir, avec des saccades de mâchoires d’un dramatique!... Le petit amoureux s’est, dans son trouble, grimé en poivrot, nez rouge et oreilles blafardes, ce pour quoi il s’entend nommer, par l’organe expirant du mime W... “fourneau, cordonnier”, et même “vaseline...”. Rien ne marche, rien ne marchera!

Le patron est là, sur le plateau, le gros commanditaire aussi, celui qui ne se déplace que pour les “numéros” coûteux. Le compositeur—un grand type mou qui a l’air de n’avoir d’os nulle part,—laissant toute espérance, a dégoté, derrière un portant, le chaudron des répétitions, le piano exténué aux sonorités liquides de mustel, et se nettoie les oreilles, comme il dit, avec un peu de Debussy... “Mes longs cheveux descendent jusqu’au bas de la tour...” Quant aux musiciens de l’orchestre, ils s’occupent, à coup sûr, d’améliorer en France la race chevaline; de la contrebasse à la flûte, le Jockey circule...

—Et Mme Loquette? s’écrie le patron nerveux, on ne la voit pas souvent!

—Son coutume n’est pas prêt, exhale le mime W... dans un souffle.