Le patron sursaute et aboie, au premier plan, la mâchoire tendue au-dessus de l’orchestre.
—Quoi? qu’est-ce que vous dites? Son costume pas prêt? un costume à transformation, quand on passe ce soir! C’est des coups à se faire emboîter, ça, mon petit!...
Geste d’impuissance du mime W..., geste peut-être d’adieu à la vie, il est si enrhumé!... Soudain, l’agonisant bondit comme un pelotari et retrouve une voix de bedeau pour beugler:
—N... de D...! touchez pas à ça! C’est mon lingue à jus de groseilles!
Avec des mains d’infirmière, il manie et essaie son poignard truqué, accessoire de précision qui saigne des gouttes sirupeuses et rouges...
—Ah! voilà madame Loquette! enfin!
On se précipite, avec des exclamations de soulagement, vers la principale interprète. Le gros commanditaire assure son monocle. Mme Loquette, qui a froid, frissonne des coudes, et serre les épaules sous son costume peut-être monténégrin, sans doute croate, à coup sûr moldo-valaque, avec quelque chose de dalmate dans l’allure générale... Elle a faim, elle vient de passer quatre heures debout chez Landolff, elle bâille d’agacement...
—Voyons ce fameux costume!
C’est une déception. “Trop simple!” murmure le patron. “Un peu sombre!” laisse tomber le gros commanditaire. L’auteur de la musique, oubliant Pelléas, s’approche, onduleux et désossé, et dit pâteusement: “C’est drôle, je ne le voyais pas comme ça... Moi, j’aurais aimé quelque chose de vert, avec de l’or, et puis avec un tas de machins qui pendent, des... fourbis, des... des zédipoifs, quoi!”
Mais le mime W..., enchanté, déclare que ce rouge-rose fait épatamment valoir les feuille-morte et les gris de sa défroque de contrebandier. Mme Loquette, les yeux ailleurs, ne répond rien et souhaite seulement, de toutes les forces de son âme, un sandwich au jambon, ou deux,—ou trois,—avec de la moutarde...