Sa voix à Elle avait molli sur ces mots. Elle répéta, comme pour Elle-même, avec un sourire contenu: “Vous n'êtes pas trop fatiguée, mon amour?” puis soudain éclata en larmes nerveuses, des larmes vives, rondes, pressées, en gouttes étincelantes qui sautaient sur ses joues, joyeusement... Mais moi, tu sais, quand Elle pleure, je sens la vie me quitter...
Kiki-la-Doucette.—Je sais, tu t’es mis à hurler?
Toby-Chien.—Je mêlai mes larmes aux siennes, voilà tout. Mal m’en prit! Elle me saisit par la peau du dos, comme une petite valise carrée, et de froides injures tombèrent sur ma tête innocente: “Mal élevé. Chien hystérique. Saucisson larmoyeur. Crapaud à cœur de veau. Phoque obtus...” Tu sais le reste. Tu as entendu la porte; le tisonnier qu’elle a jeté dans la corbeille à papiers, et le seau à charbon qui a roulé béant, et tout...
Kiki-la-Doucette.—J’ai entendu. J’ai même entendu, ô Chien, ce qui n’est pas parvenu à ton entendement de bull simplet. Ne cherche pas. Elle et moi, nous dédaignons le plus souvent de nous expliquer. Il m’arrive, lorsqu’une main inexperte me caresse à rebours, d’interrompre un paisible et sincère ronron par un khh! féroce, suivi d’un coup de griffe foudroyant comme une étincelle... “Que ce chat est traître!” s’écrie l’imbécile... Il n’a vu que la griffe, il n’a pas deviné l’exaspération nerveuse, ni la souffrance aiguë qui lancine la peau de mon dos... Quand Elle agit follement, Elle, ne dis pas, en haussant tes épaules carrées: “Elle est folle!” Plutôt, cherche la main maladroite, la piqûre insupportable et cachée qui se manifeste en cris, en rires, en course aveugle vers tous les risques...
DIALOGUE DE BÊTES
A la campagne, l’été. Elle somnole, sur une chaise longue de rotin. Ses deux amis, Toby-Chien le bull, Kiki-la-Doucette le chat, jonchent le sable...
Toby-Chien, bâillant.—Aaah!... ah!...
Kiki-la-Doucette, réveillé.—Quoi?