“Penses-tu que je vais m’abîmer la peau pour un homme? Je n’ai pas de peau de rechange. S’il n’aime pas la lanoline, qu’il s’en aille. Je ne force personne.” Et Lily déclare, impétueuse: “D’abord, je ne suis pas laide avec mes bigoudis! Ça fait petite fille frisée pour une distribution des prix!” Minna répond à son “ami”, quand il proteste contre la mentonnière: “Mon chéri, t’es bassin. Tu es pourtant assez content, aux courses, quand on dit derrière toi: “Cette Minna, elle a toujours son ovale de vierge!” Et Jeannine, qui porte la nuit une ceinture amaigrissante! Et Marguerite qui... non, celle-là, je ne peux pas l’écrire!...

Ma petite amie, enlaidie et triste, m’écoutait obscurément penser, et devina que je ne la plaignais pas assez. Elle se leva:

—C’est tout ce que vous me dites?

—Mon pauvre petit, que voulez-vous que je vous dise? Je crois que rien n’est cassé, et que votre peintre d’amant grattera demain à votre porte, peut-être ce soir...

—Peut-être qu’il aura téléphoné? Il n’est pas méchant au fond... il est un peu toqué, c’est une crise, n’est-ce pas?

Elle était debout déjà, tout éclairée d’espoir.

Je dis “oui” chaque fois, pleine de bonne volonté et du désir de la satisfaire... Et je la regardai filer sur le trottoir, de son pas raccourci par les hauts talons... Peut-être, en effet, l’aime-t-il... Et s’il l’aime, l’heure reviendra où, malgré tous les apprêts et les fraudes, elle redeviendra pour lui, l’ombre aidant, la faunesse aux cheveux libres, la nymphe aux pieds intacts, la belle esclave aux flancs sans plis, nue comme l’amour même...

DE QUOI EST-CE QU’ON A L’AIR