318. Des lois de recrutement, sans déclasser les populations tranquilles et laborieuses, attirent aux armées les hommes inoccupés et retiennent longtemps les vieux soldais au service; elles font partout de l'état militaire, à l'opposé de l'imprudent système de landwehr, une véritable profession spéciale; du telle sorte que la partie aguerrie de chaque nation soit dans l'armée et non en dehors.
Ces lois se prêtent à l'extension la plus complète, la plus rapide de la force armée pour le cas d'invasion du territoire ou d'une coalition, en vue desquelles elles ne sont cependant pas conçues exclusivement: car il y a d'autres éventualités.
319. Partout les milices bourgeoise sont constituées d'après ce principe, qu'en militarisant moins de monde, mais plus complètement, dans un but plus sérieux d'une réelle utilité, on augmente d'autant le prestige militaire.
Des armées passons au triste théâtre de leur action considérée du point de vue de ce livre. Tel est l'état des choses, qu'il faut désormais se dérober au spectacle admirable des plus rassurantes institutions, pour se préoccuper exclusivement de difficultés qui seraient désespérantes, si, après tant de dévastations, la société n'avait pas, pour les vaincre, une surabondance de moyens plus grands encore.
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320. Les principales communications intérieures, telles que les quais, les boulevards, les rues importantes, ne devraient point être pavées, ni plantées d'arbres: les progrès de la science des constructions permettent d'espérer, à cet égard, une solution qui satisfasse toutes les nécessités.
Il faudrait même que ces grandes voies fussent plutôt bordées par des maisons précédées de cours ou de jardins que par des bâtiments contigus et à un grand nombre d'étages: cette modification est plus désirable que facile à obtenir.
321. Un obstacle, rivière, canal, escarpement, pâté longitudinal de maisons sans passage, vieille enceinte ou muraille, dont les rares intervalles ou défilés, à 1200m les uns des autres, seraient commandés par autant de casernes, et des deux côtés duquel existerait une communication large et facile, diviserait ou arrêterait l'insurrection; il permettrait de porter successivement, contre ses différentes factions, des réserves importantes.
Chaque intervalle d'obstacle, créé ad hoc, coûterait plusieurs millions, y compris les expropriations.
On pourrait, à la rigueur, se servir d'un pareil obstacle, soit pour entourer et couvrir, en partie, le quartier militaire, soit pour diviser et maintenir un arrondissement difficile; soit enfin pour dominer toute une ville, à l'aide d'un tracé particulier.