J'ai reçu, monsieur, dimanche dernier, votre charmante lettre, que j'ai lue trois ou quatre fois. En vérité, il faut avouer que vous êtes un homme consommé dans la galanterie, et qu'il y auroit du danger à vous voir de trop près; mais je crois que l'on peut s'amuser, sans que cela tire à conséquence.

Vous ne me croyez pas assez dépourvue de sens commun pour me persuader que l'istoire du Prince Kabardinski ne soit une chimère. Comme j'ai un peu d'expérience, je ne suis pas tout-à-fait crédule; je ne peux deviner le motif qui vous anime, les gens d'esprit cherchent toujours les occasions de faire des complimens: si cela est vous avez parfaitement réussi. J'ai cherchez une journée entière le nom du prince Kabardinski dans l'almanac, et je suis persuadée qu'il n'existe point de prince de ce nom ni même un qui lui ressemble, nom plus que celui de son frère. Je fais la réflecsion que puisqu'il a un frère souverain, ce n'est pas à lui à payer les dettes de son père, au monarque aussi peu galant que créancier exigeant.

Ma sœur voyant la plaisanterie, vouloit m'empêcher d'écrire, mais moi qui suis enchantée de faire un petit roman de toutes les jolies lettres que j'ai reçues, je comte que vos lettre me serviront beaucoup quand vous serez à Paris nous arengerons cela ensemble, sans y oublier des grand noms pour donner plus d'intérest à la chose san-toutefois comprometre personne en un mot je suivrai vos conseilles pour le roman tragi-commique votre esprit, vos lumières, votre stile coulant m'asurent du plus grand succès pour notre livre[ [13].

J'ai peine a croire que le pays que vous abitez vous et vu naître, il est rare qu'en un climat si sombre il y ait des personnes d'un mérite si distingué vous resenblez plutaut à un chevalier français fidelle à sa patrie et infidelle à sa métraisce.

Il faut que son altesse croye ma sœur bien étourdie de penser qu'elle lui écrira sans avoir reçu de lettres personnelle, quoiqu'elle n'ait que seize ans, elle a la raison de quarante elle ne me resenble pas elle ne veut pas s'amuser en idée. Pour moi qui cherche à rire, je vous écris avec le plus grand plaisir et san chercher à aprofondir vos raisons.

Je ne suis point au fait de l'istoire de Russie voila pourquoi je ne sais point ce que vous me dite.

Malgré que je sois un peu indiscrette, je veux bien pour vous me faire violence, mais j'ai toujours envie de m'éclaircir. Ah! c'est un grand sacrifice que je vous fais de me taire je vous pris cependant de comter sur ma discrestion. Voici ce que ma sœur dit pour le prince.

«L'on n'aime pas sans connoître, il n'y a que des grandes qualités et de grandes assurances, qui puissent déterminer un cœur qui se méfie de tout. Si le prince avoit les tendres sentimens que l'on se force de me faire croire, il m'en orait déja donné des preuves. Je ne lui en demande qu'une bien petite encore, c'est son portrait que je désirerois avoir. Je promet d'en garder le secret mes surtout qu'il m'écrive lui-même.»

Il y a une chose qui paroit bien extraordinaire, c'est que vous vous serviez d'une main étranger pour nous écrire: il me semble qu'en pareil cas l'on ne s'en rapporte qu'à soi même.

La dernier frase de votre lettre a fait rougir ma sœur. Moi, qui pense toujours à notre livre, je suis bien aise d'en voir le dénouement de tout cesi.