«Par vous, j'ai goûté l'Italie plus âprement. Comment vous oublier désormais, cher Dick? Ne vous rencontrerai-je pas toujours de par le monde des tableaux et des marbres? Pourrai-je oublier jamais l'ivresse dont m'a remplie votre amour si simple, si direct?

«Et maintenant, adieu au corps charmant, aux lèvres si douces et insinuantes. J'embrasse une dernière fois les petites amandes blanches de votre bouche que j'aime.

«darling.»

Pendant que Dick lisait ces lignes, Avertie, triste et fatiguée, sous le cloître, attendait sa voiture. Elle avait cueilli cette grappe de glycine qu'ils avaient, toute vivante de soleil, tenue la veille, dans leurs mains. Elle regarda les fenêtres de Dick; elles étaient closes.

La voiture avança et, au moment où Avertie enjambait le marchepied, elle crut voir le jeune homme s'approcher de la croisée... Fallait-il retarder son départ, lui dire adieu, lui expliquer sa lettre? À quoi bon? La comprendrait-il? Elle se rappela son menton énergique et son front têtu; une dernière brutalité qu'elle méritait lui parut possible; elle eut peur et partit sans retourner la tête. L'air vif, sur la route, dissipa sa migraine. Dans son indifférence lasse de toutes choses, elle fut indulgente au paysage monotone que seul le printemps paraît un peu, comme la jeunesse embellit parfois une fille vulgaire.

Puis, aux approches de Bassano, un peu de joie lui vint de retrouver ses compagnons...

Ils n'étaient pas à l'hôtel. Elle se fit conduire de suite à la fabrique. Floche, agitée, la reçut avec des exclamations de désespoir.

—Ah! ma pauvre amie! Quelles cochonneries! Quelle déception! Venez voir les horreurs, les immondices que ces porcs d'Italiens font ici sous la rubrique de vases artistiques! Pauvre Donatello, pauvre Michel-Angelo, que vous êtes loin, mes chers grands artistes!

Et, d'une main tremblante, elle montrait le mauvais goût de ces vases grossiers, ornés de peintures polychromes, articles pour «la province riche».

—Pensez, chère amie, combien c'est affreux! Être venue de si loin, avoir fait tout ce voyage et dépensé tant d'argent pour échouer dans ce sale trou de fabrique d'où je comptais, à bon compte, tirer tous mes souvenirs avec l'estampille, le cachet de l'Italie, la souveraine, la royale, la divine Italie! Ah! c'est du propre! Que faire, à présent?