Elle avait un cahier de notes à la main où, avant d'avoir rien regardé, elle écrivait de confiance son admiration, tant il est vrai que la splendeur du spectacle est dans l'imagination du spectateur.
Avertie s'avança méfiante; mais la beauté si nouvelle et si inattendue qu'elle vit devant elle l'étreignit encore.
Dans la petite cour féodale, aux créneaux de briques rose-passé comme en Angleterre, une vigne vierge tendre et fraîche répandait sur les faîtes le vert brillant de ses feuillages mouillés; au travers de la belle et robuste grille antique, un jardin de théâtre ou de rêve s'épandait. Ils entrèrent; Avertie fut étourdie par une sorte d'ivresse.
—Ah! s'aimer, s'aimer dans ce jardin, ne serait-ce pas la seule façon de le comprendre, de l'admirer et d'en jouir? Et son œil attendri s'arrêta sur la vasque proche que remplissait le jet d'eau issu de dauphins cambrés. Sans cesse l'eau venait caresser doucement les angles du bassin où s'accumulaient des mousses visqueuses, vertes et translucides.
Dans le fond des jardins, sous leur dôme de verdure, les Déesses en marbre et les Dieux, nobles et gracieux, nus ou drapés, de leurs gestes utiles et mesurés animaient seuls le paysage.
La verdure, en orgies, garnissait les terrasses dont les balustres très blancs apparaissaient, par places, à travers le feuillage. Dans l'herbe, des massifs de fleurs bien ordonnés, aux couleurs crues, rappelaient la vie de tous les jours, ainsi qu'une petite habitation moderne tapissée de roses et de glycines.
Une allée étroite et mystérieuse, bordée de longs cyprès noirs, sévères, vieux de plusieurs siècles, escaladait une colline et semblait conduire jusqu'au ciel.
—Il faut monter, dit le Peintre. Là-haut, nous verrons Vérone au soleil couchant.
Et prenant Avertie par la main, il l'aida à gravir les terrasses successives. Sur le lichen du sentier humide et sombre, ils marchèrent lentement; Avertie, essoufflée, haletante, s'arrêtait de temps en temps, la main sur son cœur pour en comprimer les battements. La fatigue et l'attendrissement peu à peu la gagnèrent. Elle eût volontiers passé son bras autour de la taille du Peintre pour lui murmurer de tendres choses, tout en sachant fort bien que c'était du jardin seul dont elle s'émotionnait ainsi... Mais son corps et son âme cherchaient un confident.
Un souffle chaud, venant de la ville, soudain frappa leurs visages; ils étaient parvenus à la dernière terrasse.