Vérone, devant eux, s'allongeait à travers les cimes des cyprès; une buée rose, accrochée aux toits de briques douces, ceignait la cité d'une écharpe légère comme celle de la Sorpresa à Possagno.

Le silence fut lourd. Le Peintre mesurait les choses d'un œil mi-clos. Voyant la Pèlerine pâle et préoccupée:

—Votre héros se tue-t-il sur cette terrasse? lui demanda-t-il?

Elle tressaillit; justement, elle pensait à Dick.

—Je n'ai pas de héros—et il ne se tue pas, répondit-elle au bout d'un instant.

Elle resta sombre en ses pensées. Si près de l'amour le plus complet, l'avoir refusé par sang-froid, simplement, tandis que pas une de ses semblables n'eût eu la force même de réfléchir en un pareil moment! N'était-elle pas anormale, une sorte de monstre, une «sur-femme» haïssable?

Ah, non! bien au contraire, une femme vulgaire et peu intéressante, décidément, comme elle l'avait écrit à Dick. Et parce que, malgré tout, elle ne manquait ni de bonté ni de générosité, un amer regret lui vint de n'avoir pu combler le jeune Anglais du don d'elle-même.

—Donnez-moi une fleur, Peintre, et redescendons. À quoi bon s'attarder aux choses trop passionnantes, quand, au surplus, on doit les quitter?

Le Peintre ne comprit pas ce ton solennel. Il lui proposa joyeusement de dîner dans cette petite loggia, là, au bord de la terrasse et qui faisait belvédère au-dessus de Vérone. Une femme, justement, y préparait un couvert propre et soigné. Sur la nappe blanche où la soupe fumait déjà, les ustensiles d'étain brillaient; un chat avec acharnement se frottait aux barreaux de la chaise.

Floche arriva toute essoufflée: