—Potage Juliette attendant Roméo! soupirait-elle du côté de ce dîner. Tiens! mais voilà Roméo!
Par la porte du fond, ouverte doucement, un grand garçon entra. Il paraissait pâle et défait. Délibérément, il tourna le dos aux Pèlerins et s'assit face au paysage. Dans la demi-ombre de la loggia, on le vit se pencher un peu pour allumer une courte pipe de bruyère. Aussitôt, une lumière vive éclaira, par bouffées, le haut de son visage.
Avertie défaillit presque. Elle avait, de suite, reconnu Dick. Son cœur fondit. Elle eût voulu s'élancer à son cou et lui expliquer... Sûrement il comprendrait! Et puis, s'il le voulait, eh bien! elle serait à lui! Elle hésitait, lorsque le jeune homme, s'étant un peu détourné, son profil se dessina énergique jusqu'à la dureté... Ah! non! ce n'était plus l'heure des subtilités! Elle l'avait blessé dans son amour et bafoué dans son orgueil... Tout était fini, pour toujours!
À voix basse et tremblante, elle supplia le Peintre, en l'entraînant vers l'allée des Cyprès:
—Vite, Peintre, sauvons-nous, à présent; dépêchons..., nous allons manquer le train...
Comme elle courait presque, la fleur qu'elle avait au corsage se détacha; elle la rajusta fébrilement. Dans ce léger morceau de nature, caché là, sur son cœur, elle voulait emporter un peu de sa curieuse histoire, le dernier regard de Dick et le parfum des jardins d'Italie...
Et Floche qui courait derrière elle, cria:
—Attendez-moi donc! Vous savez, j'ai eu beau tousser, le beau Roméo n'a pas voulu me regarder! Il n'avait d'yeux que pour son brocoli! Les Anglais n'ont pas de sens, décidément!
Cependant, un pénible désordre moral agitait Avertie.
—Ah! que ne puis-je être «à l'abri» dans les bras du B.-A.! se dit-elle, quand, installée dans le train, et que, toute secouée d'émotion, elle tremblait encore, si démontée qu'elle ne put retenir ses larmes.