—Qu'avez-vous donc, chère amie? vous semblez «tout chose», lui demanda Floche. Oh! mais, je vous comprends, moi, sans savoir au juste; je comprends bien les larmes! J'en ai tant versé dans ma vie, avec mes affreux malheurs... Ce n'est pas moi qui me moquerais de vous... Et puis c'était si beau là-haut! Ça m'a donné le coup du lapin. Je ne m'en remettrai pas... d'autant plus que, dans douze heures, il faudra recirculer dans les choses modernes, les rues, les taxi, les autos, le crottin et les cafés-concerts! J'en mourrai!

Avertie était trop distante pour l'écouter. Bientôt, heureusement, un vieux couple, installé en face d'elle, occupa son attention. C'étaient des gens intimes, bavards, simples, charmants. Ils se faisaient entre eux mille grâces et politesses, mangeant des oranges, après en avoir offert à la ronde. La petite vieille, menue, frêle, avait une physionomie douce. Un bonnet de dentelles noires encadrait les bouclettes de ses cheveux blancs.

—J'ai bien soif, dit-elle à son mari, qui, aussitôt, sortit d'un cabas d'aloès une bouteille fuselée de vin de Chianti. Puis dans la coupe, inconsistante sous ses doigts, d'une moitié de peau d'orange, il versa le vin pourpre. Et ainsi la chère petite vieille put apaiser sa soif avec la grâce des choses et des gestes de son pays.

Les Pèlerins revirent, à Milan, la bibliothèque Ambroisienne, l'inquiétant Léonard, le doux Luini et la galerie du château Sforza, que Floche s'entêtait à appeler la «Pinatoquèt».

Au Gambrinus, sous l'orchestre sonore des Dames viennoises aux ceintures défraîchies, ils déjeunèrent une dernière fois à l'italienne. Et Floche rafla tout ce qui restait sur la table de pain bis, «ce bon pain d'éléphant et de phoque», et qu'elle garda pour son goûter.

—Finies les vacances! s'écria-t-elle. Fini le voyage! La boucle est bouclée!

—Pas encore! se répondit en elle-même Avertie, et son cœur bondit à Paris, vers le B.-A. Elle était complètement reprise par lui, comme si elle fût rentrée dans sa sphère normale d'influence passionnelle.


CHAPITRE XIII

Ils reprirent le train de France. Floche bavardait joyeusement et le Peintre l'écoutait.