Avertie ferma les yeux sur l'Italie et les ouvrit sur elle-même. Son âme avait repris sa tenue de retour. Demain, les chères habitudes, les livres sous la lampe et les fleurs apprivoisées des serres parisiennes, la présence du B.-A. calmeraient les derniers tumultes de son cœur.

Mais Floche la tira par la manche hors de sa rêverie.

Elle était furieuse contre le Peintre, qui n'appréciait pas la Suisse:

—Comment peut-on être assez snob, disait-elle, pour ne pas admirer ce pays si universellement goûté? Ainsi, le Gothard, n'est-ce pas un site créé exprès par Dieu pour le chemin de fer?

—Tenez le voilà justement, votre Gothard, avec ses «éternelles neiges»...

—Où ça? où ça? Je veux le voir... Je veux voir le trou du Gothard!

Et elle vit le trou du Gothard à une courbe de la voie et elle admira les petits villages de boîte à joujoux...

À la nuit, chacun s'installa pour dormir. Floche gagna les secondes par économie et quand, à Bâle, l'employé cria: «Tout le monde descend!» la voyageuse avisée demeura introuvable. Il fallut que le Peintre et Avertie débarquassent ses personnels et innombrables colis qu'elle avait laissés dans leur compartiment. Ils eurent cependant le bon cœur de la plaindre:—Elle aura filé sur l'Allemagne, la pauvre!—Allons aux Trois-Rois, c'est un grand hôtel il y aura certainement de la place.

Il était minuit quand, chargés comme des portefaix, ils tombèrent sur les banquettes de l'omnibus. Du fond de la voiture une voix les accueillit qui glapissait:

—Mes chers amis, c'est encore moi qui vous sauve la vie. J'ai retenu trois chambres...