CHAPITRE VIII
Le petit campanile de San Giorgio, dressé dans l'azur de l'aube, sonna six heures. À l'hôtel, le calme était si profond que les voyageurs eussent pu se croire à bord.
Avertie sauta du lit et alla s'accouder à la fenêtre ouverte. L'air pur et vierge de la brise de mer emplit sa poitrine, que le bonheur de vivre dilata soudain.
Venise s'éveillait, heureuse, elle aussi, du temps radieux dont elle allait se parer. Elle s'offrait au matin, voilée de ses buées, chaste à cette heure et coiffée du turban doux de ses Alpes.
Avertie ne put retenir son enthousiasme:
—Ô chère ville, ma chère Venise! murmurait-elle, et elle serrait ses bras contre sa poitrine comme si elle eût étreint la Cité sur son cœur.
Soudain, dans le brouillard matinal, apparut la tache en grisaille du couvent des Arméniens... Dick! En ces deux jours de courses folles et vagabondes, avait-elle seulement songé à Dick? Oui, certes, mais pour en écarter le souvenir, le chasser avec rage, presque, ne trouvant jamais l'heure assez propice, le moment assez recueilli, pour permettre l'évocation et laisser les souvenirs, si douloureusement âpres encore, prendre une forme plus nette. Dick! Elle ne l'avait aperçu nulle part, pendant ces deux jours; et pourtant, il était à Venise, l'épiant peut-être... il l'avait dit. Ou bien, rebuté, était-il parti à la suite de son Américaine? Elle sentit à son cœur une petite piqûre.
—C'est le serpent! se dit-elle. Oh! un petit aspic, espérons! Ça cuit déjà assez fort.
Brusquement, elle tourna le dos au paysage merveilleux qui venait de tant l'émouvoir, et s'assit à sa table, en chemise, dépeignée, ses seins roses transparaissant sous sa chemise, ses pieds minces dans des mules de paille. Elle écrivit:
«Cher Dick,