«Vous me manquez étrangement. Vous avoir revu l'autre jour, dans ce beau petit jardin, me dégoûte du monde entier. (Elle mentait.)
«Comme je me croyais forte en vous quittant! Parce qu'il y avait du soleil et des fleurs, je m'étais imaginée que vous tiendriez la même place qu'eux dans ma vie... Mais voilà que, dans cette Venise, tout me porte vers vous. L'émotion qu'elle me donne, j'ai envie de la mettre dans vos bras.
«C'est un désir ardent de vous revoir, cher, de vous toucher. Plus les jours s'éloignent de celui où j'ai embrassé votre bouche, plus mon corps est en émoi; mes mains, mes bras sont lourds de langueur, mon cœur bat à tout ce qui est beau et qui vous rappelle à moi.
«J'ai besoin du rayonnement de votre présence comme du soleil, de la chaleur de votre regard comme d'un manteau. J'ai besoin de la résistance de vos dents...
«Et aussi, Dick, j'ai peur... J'ai peur, et pourtant je rêve malgré tout de vous donner une émotion si intense que vous ne la retrouveriez jamais.
«Je rêve à l'admirable paysage de votre figure extasiée; je rêve que, si vos yeux se fermaient de bonheur sur ma poitrine, ce serait comme le coucher du soleil qui, derrière votre ineffable regard, répandrait son ton rosé sur votre visage apaisé et triomphant.
«Mais peut-on dire: je réaliserai mes rêves? Et, en voudrez-vous, cher, à votre pauvre Darling qui, craignant mourir de joie, sera restée à la porte du paradis entrevu sur vos lèvres adorées...»
***
Ce matin-là, quand Floche, sur son trente et un, descendit en gondole, elle murmura, les sourcils froncés:
—Je suis d'une humeur de doge! de doge!! de doge!!!