Les juges de la Cour d'assises ne font que traduire en langue légale l'arrêt prononcé par notre délégué social, le chef des jurés.

Or, en dehors de la direction des débats pour la mise en lumière exacte du crime, on ne saurait contester l'influence quand même sourde, secrète, que les froids commentaires de la presse font peser, pendant le cours du procès, sur l'opinion souvent indécise, mal formée et un peu insoucieuse de la foule,—partant sur la détermination des membres mêmes de ce jury, lequel, en son ensemble, n'est que le mandataire de la conscience publique.

Inconsidérées ou profondes, ils ont LU nos paroles: elles ont eu, quand même, à leurs yeux, un poids—dont celui du couteau n'est souvent que l'incarnation, l'ensemble incorporé. La main que nous appuyons sur la balance est dangereuse, elle décide, parfois,—on nous l'a reproché!—la chute du plateau mortel, si bien que telles de nos plumes en gardent un reflet de sang.

—«Tant pis pour vous», nous dit, en notre conscience, la Loi, «si vous n'êtes pas à la taille de vos paroles, si, ne leur accordant que peu de portée, vous n'en pesez pas les conséquences— et si, enfin, vous ne savez ce que vous dites!... Moi, j'agis, en silence, d'après leur sens intrinsèque et leur impression sur la foule.»

Le Chef de l'État, lui-même, en dernier ressort, non-seulement ne peut se soustraire tout à fait à l'influence de ces paroles qui ont moulé l'opinion sur elles comme les brins de neige deviennent l'avalanche, mais n'étant, lui-même, que l'expression du suffrage de la foule, il doit en tenir un compte des plus graves, presque définitif,—sans quoi la grâce ou la mort ne dépendant plus que de son arbitraire isolé, son droit suprême d'en décider serait un apanage en contradiction avec le principe qui lui confère le pouvoir exécutif.

Et il n'est d'ailleurs pas fâché, le bon vieillard[1], de rejeter autant qu'il le peut, sur nous seuls, la plus lourde part de cette responsabilité.

Il ne faut donc pas nous le dissimuler: nous sommes loin d'être étrangers à la plupart des sentences dont s'ensuit une tête: nos propos conseilleurs, parfois persuadeurs, ont été d'une pesée obscure sur cette tête;—nous aurons beau nous en laver les mains, ces ablutions seront vaines. Et la presse est si bien mêlée à la sentence qu'il semble tout naturel que, mêlée aussi à la force publique, elle entoure la machine aux heures fatales, et fasse, pour ainsi dire, partie intégrante, complémentaire de l'exécution.


Si donc la presse est, à ce point, prépondérante en ce qui, moralement, touche à l'application de la peine de mort, comment n'aurait-elle pas qualité pour se préoccuper du mode physique de l'application de cette peine! Il nous semble qu'elle a le droit d'être écoutée, ici, attendu qu'elle peut, ici du moins, conclure en connaissance d'une cause qu'elle eut souvent le loisir d'étudier de près.