Chose singulière, il me sembla que tout cela ne faisait aucun bruit.
C’était plus que l’organisme n’en pouvait supporter. Je m’éveillai. J’étais assis sur mon séant, dans mon lit, les bras tendus devant moi; j’étais glacé; le front trempé de sueur; mon cœur frappait contre les parois de ma poitrine de gros coups sombres.
—Ah! me dis-je, le songe horrible!
Toutefois, mon insurmontable anxiété subsistait. Il me fallut plus d’une minute avant d’oser remuer le bras pour chercher les allumettes: j’appréhendais de sentir, dans l’obscurité, une main froide saisir la mienne et la presser amicalement.
J’eus un mouvement nerveux en entendant ces allumettes bruire sous mes doigts dans le fer du chandelier. Je rallumai la bougie.
Instantanément, je me sentis mieux; la lumière, cette vibration divine, diversifie les milieux funèbres et console des mauvaises terreurs.
Je résolus de boire un verre d’eau froide pour me remettre tout à fait et je descendis du lit.
En passant devant la fenêtre, je remarquai une chose: la lune était exactement pareille à celle de mon songe, bien que je ne l’eusse pas vue avant de me mettre au lit; et, en allant, la bougie à la main, examiner la serrure de la porte, je constatai qu’un tour de clef avait été donné en dedans, ce que je n’avais point fait avant mon sommeil.
A ces découvertes, je jetai un regard autour de moi. Je commençai à trouver que la chose était revêtue d’un caractère bien insolite. Je me recouchai, je m’accoudai, je cherchai à me raisonner, à me prouver que tout cela n’était qu’un accès de somnambulisme très lucide, mais je me rassurai de moins en moins. Cependant, la fatigue me prit comme une vague, berça mes noires pensées et m’endormit brusquement dans mon angoisse.
Quand je me réveillai, un bon soleil jouait dans la chambre.