Bref, un rendez-vous fut accordé.

L’enfant, paraît-il, fut inouï, fou de joie, ignorant, ingénu jusqu’au délire. Et, se sentant pour la première—et dernière fois, sans doute,—aimée noblement, voilà que cette charmante insensée de Maryelle s’«emballa» elle-même et que l’idylle commença.

Elle en devint folle!

Oh! rien ne manque au roman! Ni le secret à chaque voyage de Raoul, ni la petite maison louée dans un faubourg tranquille, avec des fleurs sur le balcon et donnant sur un pâle petit jardin. Là, seulement, ressuscitée des «autres», elle palpite de toutes les chastetés, de tous les abandons, de tous les bonheurs «ignorés si longtemps!» (Et, en parlant, des larmes brillaient entre les cils de la sentimentale fille.)

Raoul est un Roméo qui ne saura peut-être jamais le fin mot de sa Juliette, car elle compte disparaître un jour. Plus tard.

L’autre femme qui était en elle est morte, à l’entendre;—ou, plutôt, n’a, pour elle, jamais existé.—Les femmes ont de ces puissances d’oubli momentané; elles disent à leurs souvenirs: «Vous repasserez demain,» et ils obéissent.

Mais, au fond, tout ce qu’affirment les femmes de mœurs un peu libres est-il digne d’autant d’attention que le bruit du vent qui chante dans les feuilles jusqu’à l’hiver?

Cependant, ses économies se sont dissipées à meubler, d’une façon délicate et modeste, la demeure en question. Raoul n’est encore ni majeur, ni en possession d’une fortune quelconque. D’ailleurs, fût-il riche, il semblerait impossible à Maryelle d’accepter de lui le moindre service d’argent; elle a peur de l’argent auprès de cet enfant-là. L’argent, cela lui rappellerait les «autres». Lui en parler? jamais.—Elle aimerait mieux mourir. Positivement.—Elle se trouve justifiée, par son amour, de l’inconvenance assez déplacée, de l’indélicatesse même, qu’elle commet, en ceci, vis-à-vis de ce très innocent garçon.

Lui, la croyant à l’aise, comme une femme de son monde, n’y songe, non plus, en rien; il consacre tous ses petits louis à lui acheter soit des fleurs, soit de jolies choses d’art qu’il peut trouver, voilà tout. Et c’est, en effet, tout naturel.

Entre eux donc, c’est le ciel! c’est l’estime naïve et pure! c’est le tout simple amour, avec ses ingénues tendresses, ses extases, ses ravissements éperdus!