L’idée le prit de visiter cet homme, car nul n’échappe à son destin.
Or, ce Lazare funèbre était ici-bas le dernier dépositaire de la grande lèpre antique, de la Lèpre-sèche et sans remède, du mal inexorable dont un Dieu seul pouvait ressusciter, jadis, les Jobs de la légende.
Seul, donc, Portland, malgré les prières de ses guides éperdus, osa braver la contagion dans l’espèce de caverne où râlait ce paria de l’Humanité.
Là, même, par une forfanterie de grand gentilhomme, intrépide jusqu’à la folie, en donnant une poignée de pièces d’or à cet agonisant misérable, le pâle seigneur avait tenu à lui serrer la main.
A l’instant même un nuage était passé sur ses yeux. Le soir, se sentant perdu, il avait quitté la ville et l’intérieur des terres et, dès les premières atteintes, avait regagné la mer pour venir tenter une guérison dans son manoir, ou y mourir.
Mais, devant les ravages ardents qui se déclarèrent durant la traversée, le duc vit bien qu’il ne pouvait conserver d’autre espoir qu’en une prompte mort.
C’en était fait! Adieu, jeunesse, éclat du vieux nom, fiancée aimante, postérité de la race!—Adieu, forces, joies, fortune incalculable, beauté, avenir! Toute espérance s’était engouffrée dans le creux de la poignée de main terrible. Le lord avait hérité du mendiant. Une seconde de bravade—un mouvement trop noble, plutôt!—avait emporté cette existence lumineuse dans le secret d’une mort désespérée...
Ainsi périt le duc Richard de Portland, le dernier lépreux du monde.
VIRGINIE ET PAUL
A Mademoiselle Augusta Holmès.