Elle me considéra d’un air étonné:

—Quoi donc, repris-je, il vient nous saluer dans notre loge et vous l’invitez à souper sur la foi d’une présentation de bal masqué! En admettant que vous ayez commis une imprudence digne de mille morts, il est un peu tard pour vous alarmer touchant notre convive. Si les invités sont peu disposés demain à continuer connaissance, ils se salueront comme la veille: voilà tout. Un souper ne signifie rien.

Rien n’est amusant comme de sembler comprendre certaines susceptibilités artificielles.

—Comment, vous ne savez pas mieux quels sont les gens?—Et si c’était un...

—Ne vous ai-je pas décliné son nom? le baron Saturne?—Est-ce que vous craignez de le compromettre, mademoiselle? ajoutai-je, d’un ton sévère.

—Vous êtes un monsieur intolérable, vous savez!

—Il n’a pas l’air d’un grec: donc notre aventure est toute simple.—Un millionnaire amusant! N’est-ce pas l’idéal?

—Il me paraît assez bien, ce M. Saturne, dit C***.

—Et, au moins en temps de carnaval, un homme très riche a toujours droit à l’estime? conclut, d’une voix calme, la belle Susannah.

Les chevaux partirent: le lourd carrosse de l’étranger nous suivit. Antonie Chantilly (plus connue sous le nom de guerre, un peu mièvre, d’Yseult), y avait accepté sa mystérieuse compagnie.