—Dix heures, Lucienne! répondit le jeune homme en regardant sa montre à la lueur de son cigare.
—Ah!... Bien.—Continuez.
—Pourquoi cette inquiétude rare à propos d’une heure qui passe?
—Parce que c’est la dernière de notre amour, mon ami! répondit Lucienne. J’ai accepté de M. de Rostanges un rendez-vous pour onze heures et demie, ce soir; j’ai différé de vous l’apprendre jusqu’au dernier moment.—M’en voulez-vous?... Pardonnez-moi.
Si le comte, à ces paroles, devint un peu plus pâle, l’obscurité protectrice voila cette marque d’émotion; nul frémissement ne décela ce que dut subir son être en cet instant.
—Ah! dit-il d’une voix égale et harmonieuse, un jeune homme des plus accomplis et qui mérite votre attachement. Recevez donc mes adieux, chère Lucienne, ajouta-t-il.
Il prit la main de sa maîtresse et la baisa.
—Qui sait ce que nous réserve l’avenir? lui répondit Lucienne souriante, bien qu’un peu interdite.—Rostanges n’est qu’un caprice irrésistible.—Et maintenant, ajouta-t-elle après un bref silence, continuez, mon ami, je vous prie. Je voudrais apprendre, avant de nous quitter, ce qui donne le droit aux grands artistes de tant dédaigner les façons des autres hommes.
Un instant se passa, terrible, muet, entre les deux amants.
—Nous ressentons, en un mot, les sensations ordinaires, reprit Maximilien, avec autant d’intensité que quiconque. Oui, le fait naturel, instinctif d’une sensation, nous l’éprouvons, physiquement, tout comme les autres! Mais c’est, seulement, tout d’abord, que nous le ressentons de cette manière humaine!