Plaise à M. le président de la Société protectrice des animaux de vouloir bien prendre en commisération les rugissements légitimes de Nina la Taciturne, de Djemmy la Cruelle, d'Octave le Superbe et d'Aly le Débonnaire, lions en rupture de forêts, actuellement détenus dans une cage oblongue, auprès du calorifère du théâtre de la Porte-Saint-M***!...

Et voici mes motifs:

Qu'un Claude Bernard exerce ses rigueurs (la science l'exigeant) sur des mammifères domestiques ou féroces (et, même, les rende préalablement aphones—pour que leurs cris, arrachés par les recherches expérimentales, ne troublent pas, aux alentours, le paisible sommeil des citadins), c'est là, sans doute, une criminelle nécessité; toutefois, elle peut exciper d'une vague excuse. Un intérêt majeur primant ici toute pitié, n'est-il pas vrai? s'élever contre serait pur enfantillage.

Mais qu'une barbarie compassée, et que ne justifie aucun but humanitaire, soit mise en œuvre, chaque soir, contre d'innocents lions coupables seulement de captivité, c'est là, ce nous semble, un fait qui, dans une ville d'exemple où prédominent enfin des idées libérales, ne saurait être toléré désormais.

Exterminer des lions par douzaines, comme le faisait naguère le pauvre Gérard, quoi de mieux? de plus licite?—C'est un passe-temps que l'on doit même encourager. Mais les capturer pour rénover à leur égard les plus ingénieuses traditions de l'ancienne jurisprudence, à seule fin de distraire une cohue d'assez méphitiques spectateurs, je dis que c'est un acte digne de répression pénale.

Les enfants que l'on va traîner à cette féerie doivent-ils, pour toute morale, y puiser l'exemple de torturer, pour vivre, les derniers lions?

Et ces lions, après tout, n'est-il pas sot de payer pour encourir leur mépris légitime?

Oh! qu'ils puissent désormais, en leurs songeries de prisonniers surpris par traîtrise, se rappeler en paix les hautes herbées et les larges feuilles des grands arbres renversés qui, jadis, voilaient, au profond d'une gorge de l'Afrique du Nord, l'entrée de leur caverne établie au milieu des ruines de thermes romains! Là, le soir, les deux pattes de devant sur quelque fût de colonne, ils regardaient fixement le lever d'une étoile, en humant, à travers la brise,—et se fouettant les flancs,—les émanations des excellents taureaux parqués dans les goums lointains! Qu'ils puissent rêver, disons-nous, à leurs belles nuits d'Orient, sans être troublés, en ces inoffensives réminiscences, par l'intempestive application d'une gaule de fer rouge sur l'extrémité de la queue!

Est-ce donc pour accompagner de tels abus que Mendelssohn écrivit le Songe d'une nuit d'été?

La torture est abolie en France pour les hommes: ne l'appliquons pas aux lions.