Je demeurai comme charmé, durant près d'une demi-minute, à contempler ce féerique spectacle... Me sentant bien asséché de la route, j'éprouvai, malgré moi,—je l'avoue,—une attirance vers le ténébreux enchantement de cette onde! Sans mot dire, je me dévêtis, posai mes vêtements à côté de moi, presque au niveau de l'étang, et, ma foi,—m'y aventurant à corps perdu,—j'y pris un bain délicieux,—éclairé par la complaisance de l'hôtelier, qui me considérait d'un air de stupeur soucieuse, concentrée même... car, vraiment, à présent que j'y songe, il avait des expressions de figure incompréhensibles, ce brave homme.

Une fois rhabillé, nous remontâmes tranquillement. Je le précédais encore. La pente des degrés étant assez rude, je dus faire halte plusieurs fois,—ne tarissant pas en louanges enthousiastes sur cette «curiosité.»

De retour dans la salle, je lui remis une pièce de cinq francs; et, après un bon merci, un bon frappement de ma main sur son épaule,—accompagné d'un coup d'œil appuyé... mais, là, ce qui s'appelle dans le blanc des yeux,—je courus me réchauffer, derechef, au soleil brûlant de la route. Et, pour conclure, j'accomplis mon étape d'un pied raffermi et joyeux, l'agrément imprévu de ce bain m'ayant inespérément pénétré de nouvelles forces.

UNE ENTREVUE À SOLESMES

À M. LE DOCTEUR ALBERT ROBIN.

UNE ENTREVUE À SOLESMES

«J'ai combattu le bon combat.»

Saint Paul.

Il y a quelques années, je dus me rendre, en vue de recherches archéologiques, à l'abbaye des bénédictins de Solesmes.

Donc, par un jour d'automne,—au reçu d'une lettre d'introduction près de l'illustre Abbé de ce cloître, dom Guéranger,—je quittai Paris. Le lendemain matin, j'étais à Sablé, d'où l'abbaye n'est distante que d'une heure de marche.