Il tira de sa poitrine la petite photographie de la fiancée vénérée, qu’il ne devait plus revoir, mais qui lui avait juré, s’il était tué à la guerre, de se consacrer à Dieu.

Puis, comme le réel bonheur ne peut se trouver, ici-bas, qu’en soi-même, et que, par miracle, sa foi l’avait protégé contre tout scandale extérieur, emportant ses nobles et pures croyances préservées, il fit le signe de la croix. Alors, le visage rayonnant d’une joie extatique, tranquille, nuptiale, et touchant de ses lèvres l’image d’Yvaine, il expira doucement, d’un air d’élu.

Les Filles de Milton

La jeune fille, tout à coup, soulevant un peu les paupières, et sans qu’un autre mouvement dérangeât son attitude, regarda très fixement, avec des yeux pénétrés d’une douce et poignante mélancolie, puis d’une voix languissante:

—Ma mère, enfin, lorsqu’un homme devenu débile et d’un esprit fatigué, d’une intraitable humeur, n’est plus en état d’être utile aux siens ni à personne, lorsque sa sénile vanité dont la suffisance fait sourire les passants, paraît s’augmenter aux approches d’une seconde enfance,—est-ce donc une criminelle prière que de demander à Dieu... de lui faire miséricorde... jusqu’à le rappeler le plus tôt possible vers la lumière... vers la vie éternelle!...

La vieille femme, sans répondre, détourna la tête avec un frisson.

—C’est qu’en vérité me viennent des songeries... dangereuses! continua Déborah Milton, de cette même voix douce, claire et traînante, et que je me contiens mal de m’enfuir d’ici, parfois,—pour bientôt revenir vous porter secours, ma mère! vous offrir du feu et du pain! Qu’importe le prix dont je les aurais payés!

—Tais-toi, Dieu le défend! Gagner le salut par la foi, dans l’épreuve, et ne murmurer jamais: voilà tout ce qu’il faut.