La lampe brûlait sur la table.

Tullia Fabriana,—sans doute l'orage l'avait indisposée un moment,—porta la main à son front. A voir l'expression fixe de ses regards, il devenait présumable que le ciel, la terre et la nuit étaient loin de sa pensée, et qu'elle ne savait ni n'entendait rien de ce qui se passait autour d'elle.

Elle s'approcha de la sphère à pas lents, monta les degrés, et jetant les compas sur le tapis, elle chancela. Sa tunique, désagrafée comme un manteau, glissa le long de son corps; ses cheveux déroulés autour d'elle l'enveloppèrent, et, aux lueurs de la nuit, ils ressemblaient à des rayons.

Elle apparut, blanche et lumineuse, sans remarquer la profondeur de l'orage et des ténèbres, sans prendre garde à l'espace brutal et noir!... Elle apparut, comme la déesse de ces nuits d'horreur, où ceux qui cherchent ne trouvent pas.

Mais à quoi songeait-elle? A quels étonnements son esprit pouvait-il s'abandonner pour la première fois?

La foudre entra, comme par hasard, avec un hideux éclair, par la fenêtre ouverte, dans l'appartement, à l'instant même.

Le fluide la jeta évanouie sur la sphère de porphyre. Elle resta renversée sur le dos, les membres étendus, les cheveux flottants, les yeux fermés, au milieu de la monstrueuse commotion du tonnerre.

Par un de ces effets, un de ces absurdes et heureux prodiges que la foudre commet quelquefois, elle ne fut pas blessée. Aucun mal. La secousse ayant été seulement d'une grande violence, elle resta plusieurs heures sans mouvement, comme accablée. A part cette fatigue, l'électricité ne lui laissa aucun souvenir de sa visite.

Lorsqu'elle revint à elle, il faisait grand jour; le temps était superbe; la bonne odeur de l'herbe après l'orage embaumait les airs; elle s'accouda, rêva quelques instants, puis se leva et descendit sur le tapis.

Une fois vêtue, elle alla vers la fenêtre, regarda les arbres, le ciel, les fleurs, l'espace immense.