Que se proposait-elle d'atteindre?... Que voulait-elle amener?... Que lui importaient ces manœuvres, à elle, dont les habitudes et les goûts étranges mettaient l'existence en dehors de toute lutte sociale?... A elle qui ne ressentait aucun désir d'augmenter sa position ni d'être utile à celui-ci ou à celui-là?... Aucune patriotique illusion?... A quoi bon cette trame permanente, souterraine, qu'elle tissait froidement depuis trois ou quatre années?... C'était impénétrable.
Toujours est-il que son plan, quel qu'il fût, restait, à cause de ces manières d'agir, enveloppé de ténèbres et d'inattention.
C'était donc chez cette femme extraordinaire qu'étaient venus ce soir-là le prince Forsiani et son jeune ami le comte Wilhelm. Ils attendaient dans un salon.
[CHAPITRE IX.]
La présentation.
«Almanzor, voiturez-nous ici les commodités de la conversation.»
(Molière, les Précieuses.)
La marquise entra.
Le salon donnait sur les jardins. Devant les grandes croisées entr'ouvertes, les draperies remuaient légèrement. Des dalles blanches tenaient lieu de tapis ou de parquet. Les housses de gaze argentée nouées au bout des torsades enveloppaient les lustres du plafond. Çà et là de lourdes chaises d'ébène sculpté, tendues en velours noir, et un sofa pareil, près d'une fenêtre. Sur les boiseries de couleur sombre se détachaient, dans leurs cadres d'or, de magnifiques peintures du Guide et du Titien. Une torchère pleine de bougies, placée derrière une vasque de marbre d'où s'échappaient de grosses gerbes de fleurs naturelles, éclairait l'appartement. La haute cheminée aux candélabres éteints, supportait une grande pendule en bronze de Florence: des panneaux armoriés indiquaient des portes sur d'autres salons du palais.
Les deux gentilshommes étaient debout vis-à-vis d'un tableau.