Ce à quoi Xoryl souriait, sans répondre, en la regardant naïvement avec des yeux humides.

Le fez de cachemire noir dont le gland d'or ondulait sur son épaule jetait, avec le reste du costume d'Orient, comme un charme natal sur sa jolie physionomie. Elle paraissait recevoir l'ombre et la lumière de la beauté de Fabriana lorsqu'elle se tenait devant elle; et puis elle s'en allait avec ce qu'on lui avait donné.

Cette jeune fille suffisait donc à Fabriana quand elle voulait se maintenir dans une profonde et absolue retraite; et voici par quels simples détails elle était parvenue à dominer complètement cette retraite et à se reconnaître dans l'immense palais.

Les grands escaliers d'honneur qui menaient aux trois différents étages du palais se scindaient sur le palier du premier étage, grâce à une cloison à coulisses cerclée de lames de bronze qui se déployait à volonté et se barrait en dedans. Les autres escaliers de service, conduisant aux étages de cette façade des jardins, avaient été murés.

Les colonnades du rez-de-chaussée qui bordait les jardins étaient comblées, dans leurs intervalles, par des caisses d'orangers, derrière lesquels il n'y avait qu'une épaisse muraille recouverte en marbre et sans fenêtres.

Le dernier étage paraissait être composé de chambres pour les gens. Il n'en était rien. Ses croisées étaient celles d'un étroit corridor sans issues. Derrière le mur du corridor se trouvaient les chambres réelles donnant sur les cours intérieures. Personne n'habitait ces chambres.

Impossible de parvenir sur les toits de cette façade. Une longue solution de continuité les séparait des autres terrasses. Ils étaient formés de tuiles disposées en angles et sans aucune espèce de bords ni de point d'appui.

Ainsi, la cloison des escaliers une fois tirée, la façade entière, avec ses trois étages donnant sur les jardins, était isolée de l'extérieur et de l'intérieur. C'était comme une thébaïde soudaine. A moins de pénétrer dans une des chambres ou dans l'un des salons du premier étage, en enfonçant les cercles d'airain de la cloison, il eût été radicalement chimérique de prétendre savoir ce qui s'y passait, puisqu'on ne pouvait pénétrer dans les étages supérieurs sans passer par le premier.

Mais dans l'étendue entière de ce premier étage toutes les portes des appartements tendaient un cordon en fil d'acier, caché dans la boiserie, de telle sorte que la porte la plus éloignée, ouverte subitement par un visiteur, eût fait tomber sourdement un coup de timbre dans la chambre de Xoryl. Cette chambre se trouvait à deux pièces de distance de la chambre à coucher de la marchesa. Si, après défense expresse d'entrer dans ces appartements, et les targettes dans leurs écrous, un laquais, un intendant, un majordome, ou n'importe quel personnage diurne ou nocturne, se fût curieusement avisé d'y survenir et de forcer les portes (soit pour voler, épier, enlever, violenter ou assassiner,—quel autre dessein possible?), la jolie enfant eût étendu la main vers deux boulons d'acier cachés dans la muraille, et, sans se déranger autrement, eût précipité l'intrus dans une oubliette de soixante pieds (oubliette qui était précisément, en partie, le contenu des murs sans fenêtres du rez-de-chaussée), eût-il été à l'autre extrémité de la façade.

Une bande d'une douzaine d'individus n'aurait pas nécessité plus de frais, car le parquet s'entr'ouvrait tout à coup dans une étendue de plusieurs mètres sous toutes les portes à la fois.