A l'entrée de ce souterrain, à la troisième marche, il y avait une autre porte invisible fermée également d'un pan de mur qui se mouvait lorsqu'on pesait sur un bouton d'acier couleur de pierre et caché parmi la mousse.
Dans ce second souterrain se trouvaient une torche, un miroir, une caisse de déguisements et leurs papiers de sûreté, d'excellents pistolets doubles, accompagnés de deux épées de voyage et de deux yatagans empoisonnés.
Deux bourses d'or mêlé de diamants étaient jetées sur la caisse.
Dans le cas d'une surprise, d'une arrestation par une escorte (chose qui paraissait située au delà des prévisions normales, mais qu'elle était prête à recevoir), elle eût pris Xoryl entre ses bras, de peur que, ne connaissant pas les rampes dangereuses, la petite fût tombée là comme dans un précipice et se fût tuée. Une fois descendues, le mur en se refermant sur elles était assez épais et assez parfaitement joint pour que le son ou tout autre indice ne fût pas venu les trahir. D'ailleurs, il y avait la première porte à trouver avant que de parvenir à celle-là. Les profondeurs du souterrain s'enroulaient sur elles-mêmes; c'était d'un abord aussi difficile que les hypogées ou les sérapéums de l'Égypte. Elles se fussent déguisées en attendant la nuit. Cela s'ouvrait, par une porte cachée et pareille aux autres, sur l'Arno; une barque suspendue à l'entrée, au-dessus du fleuve, n'avait besoin que d'un balancement accompagné d'un coup de yatagan dans les cordages pour être mise à flot. Elles fussent parties à force de rames.
Fabriana savait où trouver, à une lieue de là, des chevaux africains. Une fois en selle, elles eussent gagné Venise ou Gênes; la marquise y avait deux villas de plaisance, et de sûreté.
L'essentiel avait été d'atteindre ce but, d'être inabordable, invisible et imprenable, bon ou malgré tout le monde, elle et sa conduite, quand elle l'eût voulu, en pleine Florence et au grand soleil.
Cependant le palais ressemblait aux autres palais; à part la grandeur et la beauté de l'architecture, il ne présentait rien de particulier. Les laquais affairés et les intendants circulaient dans les cours et dans les appartements extérieurs. Seulement, il y avait peu de bruit. Le palais avait pour caractère distinctif un certain silence.
Les visites étaient très souvent et très agréablement reçues; la conversation y était d'une liberté engageante; on eût dit que les portes s'ouvraient toutes seules et que la négligence était même poussée à l'excès. A la moindre inquiétude, cependant, le train des choses y eût instantanément changé d'aspect et se fût déformé jusqu'au terrible. En trois secondes, il eût pris l'allure d'un état de siége avec une précision et une intensité de déploiement de toutes ses forces à la fois qui eussent broyé, sans tumulte ni désordre, ceux qui se fussent trouvés, avec une fâcheuse intention, dans les rouages de ces pierres vivantes. La Fatalité y eût obéi mécaniquement, d'une très horrible manière. C'eût été comme dans les contes arabes: disparition! L'éclat de rire y eût été anéanti avec les rieurs dans des ténèbres subites, si, par hasard, il y eût eu de bons vivants parmi les victimes dans cette sombre minute! Après l'éclair tout fut rentré dans la tranquillité habituelle, tout, jusqu'au sourire de la pâle enchanteresse.
De cet état de choses, il résultait donc ceci: que la marquise Fabriana pouvait faire à peu près ce qu'elle voulait chez elle, sans être ni vue, ni épiée, ni soupçonnée, ni commentée; qu'elle n'était, autant qu'il est possible, à la merci de personne, et qu'elle pouvait s'estimer à l'abri de ces incertitudes perpétuelles d'être troublée dans sa solitude.
Nous ajouterons que ces précautions, les eût-on remarquées en partie, n'eussent jamais semblé que toutes naturelles de la part de deux femmes vivant seules, retirées et exposées. La situation isolée du palais aurait suffi pour les justifier.