Le billet scellé d'un cachet noir, par un laquais en livrée de deuil.

La marquise prit les deux lettres.

L'enfant se retira.

Tullia Fabriana regarda le cachet noir avec une certaine attention.

Elle parcourut l'autre lettre, qu'elle laissa tomber, et elle continua:

—... dangereuse, pour moi-même, puisque ce devait être une limite d'un instant, je m'étais abstenue d'employer, de ma propre autorité, les signes qui gênent la Nature et dont les effets ne se suspendent plus. Je vous avais soumis ce vague, cet unique et dernier désir en vous assignant un terme à partir duquel je devais cesser d'attendre son accomplissement. Si, dans le délai marqué, cette sensation ne m'était pas accordée, je devais penser qu'il importait peu que ce dernier pan du voile fût arraché pour moi, ici. Vous le savez: en tant que revêtue de l'organisme de la série humaine, je relève de toutes ces lois qui, parties des rapports infinis, viennent s'entrecroiser autour de ma volonté, et j'avais fixé un jour pour en finir avec elles absolument.

Donc, ce soir, seule, renfermée dans le tonnant incendie de ce palais, j'allais boire la poussière de mon anneau. Que le vent dispersât les atomes insaisissables de mon corps, que l'ombre reçut les lignes de ma forme, que mon esprit rentrât dans l'anéantissement divin de son unité, telles étaient, pour moi, les décisions dictées par la véritable sagesse.

Mais, Esprits, vous avez bien voulu satisfaire le désir de celle qui vous parle, et vous avez envoyé celui qu'elle attendait. Je ne le cherchais pas, je ne voulais pas le chercher! Ne devait-il pas venir de lui-même et à son heure! Ah! l'Enfant!... je me suis plue à parsemer son chemin, d'avance, des choses les plus attrayantes pour les enfants, étant sûre qu'il viendrait tôt ou tard, selon les pressentiments anciens! Je vous remercie, Esprits sublimes, qui présidez aux déterminations de toute virtualité, je vous remercie de m'avoir choisi vous-mêmes et amené cette aimable créature la veille du jour prescrit! Je vous félicite et je suis bien aise de sa beauté; mais son âme est neuve et profonde; elle ne demande que de s'emplir et que de vivre!

Quels trésors d'ingénuités célestes doit posséder cette intelligence toute gracieuse! Tout ce qu'elle voit se couvre d'un prisme de rayons et d'insouciance; elle est pareille à l'une de ces forêts vierges de l'Idéal, où le premier voyageur, dès son premier pas et sa première chanson, est accueilli par les concerts enchantés de ses brises, de ses fleurs et de ses oiseaux, sortis des mille échos de ses taillis, de ses fleuves et de ses profondeurs harmonieuses.

Que va-t-il arriver maintenant? Puissances qui vous intéressez au mouvement de ce système déterminé du ciel, à cause des souffrances qu'il signifie!