«—Ton amour est un ciel dont je ne doute pas: un baiser de toi, c'est l'infini!...»

Et elle ne répondait pas, mais elle lui faisait lentement signe de regarder ce qui se passait.

Et leurs corps s'atténuaient jusqu'au fantôme; une sourde oscillation agitait les profondeurs métalliques de la nature; le relief de toutes choses s'effaçait graduellement, comme lorsqu'on meurt; la Vision devint ombre et fluide, et tout disparut dans l'empire du Nirvanah.

Le comte Wilhelm passa la main sur son front et se retourna vers la croisée.

L'obscurité de la nuit s'était approfondie au dehors; pas un bruissement de feuilles dans les jardins, pas un souffle d'air ne venait dans l'appartement par la croisée toute grande ouverte.

Il essaya, sans se rendre compte de son mouvement, de regarder le ciel; il n'y en avait plus. La nuit s'était faite noire, et c'était un silence extraordinaire, un silence d'abstraction, dans lequel les dernières vibrations de la harpe se mouraient faiblement, harmonieusement...

Ce fut alors qu'il oublia un peu d'aimer pour réfléchir à son insu, et qu'il osa regarder en face de lui.

Depuis la voûte élevée de l'appartement jusqu'à ses pieds, l'atmosphère s'était partagée en deux zones absolument disparates.

La lumière de la lampe l'éclairait lui et toute la partie où il se trouvait; et il apparaissait comme dans une effusion rayonnante. La partie où devait être Tullia Fabriana roulait des reflux d'ombres; c'étaient des vagues d'obscurité, lourdes et surtout comme lointaines. Il ne voyait ni le sphinx ni la femme. Il fit un pas; il aperçut les cariatides, et il lui sembla voir remuer leurs yeux terribles! Malgré son front lisible et son sourire jeune, il lui sembla que ce n'était pas d'hier qu'il éprouvait le sentiment vertigineux de la vie, et qu'il avait magnifiquement souffert autrefois, dans un passé.

Alors, avec un geste éperdu et comme écartant une draperie de ténèbres, il entra, chancelant, dans les vastes ombres.