Si, dans l'état de sursensibilité hystérique, une affinité-inductrice peut, ainsi, relier l'organisme du malade aux propriétés-intimes de ces substances et attirer leur vibrante influence à travers les pores du verre et du parchemin,--comme l'aimant impressionne, à travers le verre et les étoffes, les molécules de fer,--s'il est indiscutable enfin, qu'une sorte d'obscur magnétisme se dégage même des choses végétales et minérales et peut franchir,--sans inducteurs,--obstacles et distances jusqu'à impressionner de leur vertu spéciale un être vivant, comment pourrais-je être surpris, outre mesure, qu'entre trois individus d'espèce congénère, mis en relation par un centre commun électro-magnétisé, les fluides, en un certain instant, soient devenus corrélatifs au point que le phénomène en question se soit produit?

Pour conclure, du moment où la sensibilité occulte de Sowana n'est point réfractaire à l'action secrète du fluide magnétique,--à telle légère secousse, par exemple, donnée, ici-bas, à mistress Anderson,--alors que, dans l'état cataleptique, aucune autre influence du dehors ne parvient jusqu'à elle et qu'on pourrait brûler vive la seconde sans réveiller la première,--je trouve démontré que le fluide nerveux n'est pas dans un état d'indifférence totale à l'égard du fluide électrique et que, par conséquent, à tel ou tel degré, quelques-unes de leurs propriétés peuvent se fusionner en une synthèse d'une nature et d'un pouvoir inconnus. Celui qui, ayant découvert ce fluide nouveau, pourrait en disposer comme des deux autres, serait capable d'opérer des prodiges à confondre ceux des yoghis de l'Inde, des bonzes thibétains, des fakirs-charmeurs du Coromandel et des derviches de l'Egypte centrale.

Lord Ewald répondit, après un moment de songerie singulière:

--Bien qu'il soit de toute intellectuelle convenance que je ne voie jamais mistress Anderson, Sowana me semble mériter d'être une amie,--et, si, en toute cette magie environnante, elle peut m'entendre,--que ce voeu lui parvienne, qu'elle soit!... Mais, une dernière question: est-ce que les paroles que Hadaly, tout à l'heure, a prononcées dans votre parc, furent dites et «déclamées» par miss Alicia Clary?

--Certes, répondit Edison,--puisque vous avez du reconnaître la voix et les mouvements de cette vivante: celle-ci ne les a si merveilleusement récités (d'ailleurs, sans y rien comprendre), que sous la patiente et puissante suggestion de Sowana.

Lord Ewald, à cette réponse, demeura dans une suprême stupeur. Cette fois, en effet, l'explication ne portait plus. Le fait d'avoir prévu les différentes phases de cette scène (et la voix attestait qu'elles avaient été prévues), n'était plus concevable.

Il allait donc simplement déclarer et prouver, à son tour, à l'ingénieur, la radicale et absolue impossibilité de ce fait, nonobstant toute solution; mais au moment de lui notifier cette évidence, il se rappela, tout à coup, l'étrange prière, que Hadaly lui avait adressée, tout bas, avant de s'enfermer en l'obscurité de son artificiel cercueil.

C'est pourquoi, gardant au secret de ses pensées la sensation de vertige qu'il éprouvait, il ne répliqua rien. Seulement, il jeta vers le cercueil un coup d'oeil étrange: il venait d'entrevoir très distinctement la présence d'un être d'outre-monde dans l'Andréïde.

Edison donc poursuivit sans prendre attention à ce regard.

--L'état de spiritualité constante et de souveraine clairvoyance où se réalise la vie réelle de Sowana lui confère un pouvoir de suggestion des plus intenses, et surtout sur des sujets hypnotisés à demi déjà par moi. Les effets de sa volonté, même sur leur intelligence, sont immédiats.