—En effet, je crois, à présent, me souvenir… murmura-t-il;—mais n'exagérons rien!… et n'examinons rien de trop près, si nous voulons distinguer quelque chose… Il vous reste cette exubérante nature estivale…
—Comment! se récria de nouveau Daphnis,—comment, cher étranger, vous trouvez «naturel» un été où nous passons nos après-midi, ma pauvre Chloé et moi, à grelotter l'un auprès de l'autre?
—L'été n'est pas des plus chauds, en effet, cette année, reprit M. C**; eh bien, levez vos regards plus haut, jeunes gens! il vous reste la vue de ce vaste ciel intact et pur…
—Un ciel intact et pur… où se croisent, toute la journée, des essaims de ballons pleins de messieurs éclairés… ce n'est plus un ciel… naturel, cher étranger!
—Mais… la nuit, à la clarté des astres, au chant du rossignol, vous pouvez oublier…
—C'est que, murmura Daphnis, d'interminables rais électriques, partis du polygone, traversent l'ombre de leurs immenses balais de brouillard clair: cela modifie, à chaque instant, la clarté des étoiles et frelate la belle lueur lunaire sur les bois!… La nuit n'est plus… naturelle.
—Quant aux rossignols, soupira Chloé, les sifflets continuels des trains de Melun les ont épouvantés; ils ne chantent plus, bel étranger!
—Oh! jeunes gens! s'écria M. C**, vous êtes, aussi, bien… pointilleux!—Si vous aimez tant le Naturel, que ne vous êtes-vous fixés au bord de la mer?… comme jadis?… Le bruit des hautes vagues… les jours d'orage…
—La mer, cher étranger? dit Daphnis: c'est que nous n'ignorons pas qu'un gros câble en aniaise, d'un bout à l'autre, l'immensité bien surfaite.—Il suffit, vous le savez, d'y verser un ou deux barils d'huile pour en apaiser les plus hautes vagues à près d'une lieue de ronde. Quant aux éclairs de ses «orages», du moment où, du centre d'un cerf-volant, on peut les faire descendre dans une bouteille,—la mer, aujourd'hui, ne nous paraît plus si… naturelle.
—En tout cas, dit M. C**, les montagnes restent, pour les âmes élevées, un séjour où le calme…