—Sophismes! susurrai-je en souriant. On appelle objectivité, je crois, en langage philosophique, ce ressassé phénomène du cerveau. Mais on ne s'est pas créé tout seul!
—Vous dites?… fit Lenoir de son même ton de professeur qui m'agaçait.
—Enfin, vous ne nierez pas, je l'espère, qu'un Dieu nous a créés?
—Prêtez l'oreille: Dieu?…—Mystère; la Création?… Autre mystère. Dire que Dieu nous a créés, c'est donc affirmer, tout bonnement, que nous sortons du Mystère;—point sur lequel nous sommes parfaitement d'accord, puisque c'est précisément ce mystère (ou, pour parler plus exactement, ce problème) qu'il s'agit d'éclaircir et que vous ne rendez que plus obscur en le personnifiant. Or, tout problème suppose solution. Je ne serais, pas éloigné de croire qu'aujourd'hui la solution soit possible.
—Possible!!! Bonté du ciel!… m'écriai-je en joignant les mains:—avec notre pauvre esprit borné?
—Borné à quoi? demanda Claire d'une voix douce. Pouvez-vous penser une limite précise, quand toutes se constituent d'un au-delà?
Une pareille question, sortant de la bouche d'une femme, était faite pour alarmer des gens plus prudes que moi. Je me sentis rougir jusqu'au blanc des yeux.
—Où voyez-vous des «bornes» dans l'Esprit? dit Lenoir. Je suis prêt à prouver, que l'entendement de l'Homme, s'analysant lui-même, doit découvrir, en et par lui seul, la stricte nécessité de sa raison d'être, la LOI qui fait apparaître les choses et le principe de toute réalité. Bien entendu, je ne parle qu'au point de vue de ce monde, sous toutes réserves, (s'il en est un autre) de ce que mes sens ne me révèlent pas.
Je l'avoue, je demeurai bouche béante devant la stupide fatuité du docteur.
—Ciel!…—pensai-je;—rien ne peut donc ternir l'hermine de sa sottise! C'est de l'étalage, à cause de sa femme.