—Non.
—Comment, non!
—Les Théologiens n'avancent-ils pas que Dieu est un pur Esprit, et qu'il a créé le monde? La Matière peut donc ÉMANER de l'Esprit, même au dire des théologiens. Ainsi, la différence n'est qu'apparente.—Quant aux physiologistes, ne sont-ils pas forcés d'affirmer que la forme du corps lui est plus essentielle que sa matière?—Vous voyez.
J'étais loin d'être dans les eaux de Lenoir; ses sophismes glissaient sur la cuirasse épaisse de mon Sens-commun.
—Voyons, mon ami, lui dis-je, abuseriez-vous de vos droits d'amphitryon jusqu'à vouloir insinuer que cette BUCHE, par exemple, n'est pas de la matière?
—Où voyez-vous la «Matière» en cette bûche? répondit-il.
Je me voilai la face de mes deux mains: le naufrage de cette intelligence me faisait mal. Il voulait goguenarder avec moi!… Avec moi!
—Vous prétendez que vous ne voyez pas la Matière! lui dis-je avec stupeur: et que cette BUCHE…
—Mais, enfin, c'est élémentaire, cela! cria Lenoir, que mon apparente mignardise finissait par exaspérer et qui me regardait de travers. Je vois des attributs de forme, de couleur, de polarité, de pesanteur, réunies: j'appelle bois, un certain agrégat de ces qualités. Mais ce qui soutient ces qualités,—la SUBSTANCE, enfin,—que ces attributs couvrent de leur voile, où est-elle?…—Entre vos deux sourcils! Et nulle part! Vous voyez bien que la «Matière» en soi, n'est pas sensible! ne se pénètre pas! ne se révèle pas, et que la «Substance» est un être purement intellectuel dont le Monde sensible n'est qu'une forme négative, un repoussé.
—Mais, mon pauvre ami, qu'est-ce qu'un être intellectuel, qu'est-ce que la réalité d'une idée, d'une pauvre idée, devant la réalité évidente du fait de cette simple BUCHE que vous niez!