"Marcel examina le ravage qu'il avait causé chez moi; cet examen et la chaleur de ma main qui n'avait pas quitté prise, ranimèrent son orgueil, et je l'aurais abattu de nouveau sans du bruit que nous entendîmes auprès de la serre. C'était ma tante qui rentrait du salut, et qui était passée par la petite porte du jardin: ma jupe fripée et salie par le terreau de la couche, ma rougeur et mon embarras lui donnèrent des soupçons. Une vieille dévote qui l'accompagnait les aggrava par ses pieuses remarques: on visita mon linge, et le résultat de cette enquête fut un prompt départ pour un couvent, où je demeurai jusqu'à quinze ans, époque où je fus mariée et prise pour vierge par mon époux."
— Comment, maman, il ne s'aperçut pas… — Non, mon coeur. Le petit Marcel, quoiqu'il m'eût blessée, était trop jeune pour être bien terrible, et ton père crut qu'étant restée trois ans au couvent, j'avais usé des ressources d'usage dans les cloîtres; et je confirmai son opinion par un adroit aveu, pour détourner les idées plus désavantageuses qu'il aurait pu se former.
La belle Italienne achevait à peine son récit, quand Babet nous annonça que le lait avait acquis la chaleur convenable, et, apportant la cafetière, remplit les deux suppléments, se mit la ceinture du plus gros, et proposa à la belle Laure d'en subir l'épreuve. La chanoinesse le désirait, mais l'idée que la gentille Babet était simple et roturière la faisait hésiter. — Belle délicatesse, dit le prélat; si Babet n'est pas d'une naissance illustre, elle est anoblie par ses alliances, elle peut embellir son blason de mes armoiries, de celles du prince Hic et Hec, et de Valbouillant. Laure se résigna. Me collant sur le dos de Babet, je lui rendis le même office naturellement; ma bouche faisait un suçon sur l'épaule de Babet, pendant que ma main gauche prenait les reins de la belle Laure, et que ma main droite, glissée entre les deux nymphes, en palpait voluptueusement les contours élastiques. Cependant la signora s'insinua le second supplément pendant que Valbouillant s'avançait dans ses bonnes grâces par la route détournée; pour l'évêque, d'une langue caressante, il cherchait le nectar de la volupté dans la grotte étroite et complaisante de Mme Valbouillant, qui de son côté couvrait de baisers le bâton augural du pontife.
Les belles firent tour à tour l'épreuve des bienfaisants simulacres, et l'immense cafetière était presque épuisée, quand notre ingénieux prélat voulut faire un nouvel essai; il prit le plus gros des suppléments et s'en ceignit à rebours, de sorte qu'il avait l'air de sortir du bas des reins, comme la queue d'un cheval, coupée à l'anglaise, puis il se plaça debout entre deux lits d'une hauteur suffisante, séparés par une ruelle étroite, et plaçant sa nièce sur l'un et sa soeur sur l'autre, et de manière que leurs jambes portaient sur un lit et leur corps sur l'autre, il établit le naturel dans le temple de sa nièce et l'artificiel dans celui de sa soeur, et par ses mouvements rapides il occupait utilement l'une et l'autre, et lâchant le piston mécanique en même temps qu'il faisait physiquement sa libation, toutes les deux jouirent simultanément d'un déluge de voluptés.
Cet essai fut le dernier de la soirée; quelques fruits délicieux et d'agréables liqueurs les rafraîchirent et les restaurèrent, et l'on alla se coucher séparément, pour qu'on pût se livrer sans trouble au repos que la répétition des plaisirs nous rendait si nécessaire. D'ailleurs, le prélat était un homme d'ordre dans ses plaisirs; il avait des statuts qu'on observait religieusement dans ses orgies. La communauté des jouissances était établie entre tous les membres de la société, on n'en pouvait dérober aucune aux regards lascifs des autres, et c'était une faute digne d'exclusion d'en frustrer la voluptueuse curiosité; il était également défendu aux femmes de faire des pensionnaires en leur particulier, parce que c'était priver d'autant la communauté des plaisirs qui devaient être partagés; mais tout était permis, en prévenant la société de ce qu'on allait faire, pour que les membres en fussent les témoins, s'ils en étaient tentés.
Le lendemain matin, après neuf heures d'un sommeil tranquille, nos belles quittèrent le lit.
Alors belles sans art, dans le simple appareil
De beautés que l'on vient d'arracher au sommeil.
(Racine, Britannicus.)
Elles courent de chambre en chambre; Laure, levée la première, était déjà dans la chambre de sa mère, qu'elle serrait dans ses bras, pour lui peindre sa joie de la liberté qu'elle lui avait accordée la veille, et lui dérobant quelques caresses: — Ah! maman, que tu es belle, ce n'est que d'hier que je connais tes charmes; le respect, jusqu'à présent, m'inspirait plus de crainte que d'amour; depuis que tu m'as associée à tes plaisirs, mon âme nage dans l'ivresse, et je sens qu'il me serait plus doux de t'en procurer que d'en recevoir, même de l'homme le plus séduisant; tiens, regarde l'effet du baiser que je viens de prendre sur ton beau sein. — J'en éprouve un pareil, ma chère enfant, mais… — Quoi, mais?… qui nous empêche de profiter de nos désirs mutuels? — Et nos règlements? Elle instruisit Laure de la nécessité de ne dérober aucun plaisir à la vue de la société… — Eh bien! maman, descendons, nous leur dirons ce que nous allons faire, qu'ils soient les témoins s'ils veulent; mais je jure que je ne recevrai de caresses et n'en ferai à personne avant de t'avoir fait partager mes transports.