Malgré la distance qu'il mettait dans les plaisirs qu'il me procurait, il n'y avait aucune sorte de variété qu'il n'y répandît pour y ajouter de nouveaux attraits; il m'était d'autant plus facile de les y trouver que je l'aimais avec toute la passion dont j'étais capable. Quelquefois il se mettait sur moi, sa tête entre mes cuisses et la mienne entre ses genoux; il couvrait de sa bouche ouverte et brûlante toutes les lèvres de mon con; il les suçait, il enfonçait sa langue entre deux, du bout il branlait mon clitoris, tandis qu'avec son doigt ou le godemiché il animait, il inondait l'intérieur. Je suçais moi-même la tête de son vit; je la pressais de mes lèvres; je la chatouillais de ma langue; je l'enfonçais tout entier, je l'aurais avalé. Je caressais ses couilles, son ventre, ses cuisses et ses fesses. Tout est plaisir, charmes, délices, chère amie, quand on s'aime aussi tendrement et avec autant de passion.

Telle était la vie délicieuse et enchantée dont je jouissais depuis le départ de ma chère bonne. Déjà huit ou neuf mois s'étaient écoulés, qui m'avaient paru fuir bien rapidement.

Le souvenir et l'état de Lucette étaient les seuls nuages qui se montraient dans les beaux jours que je passais alors; variés par mille plaisirs, suivis de nuits qui m'intéressaient encore davantage, je faisais consister toute ma satisfaction et ma félicité à les voir disparaître pour employer tous les moments qu'ils me laissaient entre les bras de ce tendre et aimable papa, que j'accablais de mes baisers et de mes caresses. Il me chérissait uniquement, mon âme était unie à la sienne, je l'aimais à un degré que je ne puis te peindre.

Mais, chère Eugénie, que vas-tu penser de ton amie sur une confession que je ne t'ai pas encore faite? Quelle scène nouvelle tu vas voir paraître, et quel fondement peut-on faire sur soi-même? A quel degré d'extravagance l'imagination exaltée n'entraîne-t-elle pas? Qui peut donc répondre de ses caprices et de son tempérament? Si le coeur est toujours le même, s'il est plein des mêmes sentiments, faut-il que des désirs violents, souvent pour un vain fantôme qu'on se crée, nous poussent au-delà du but où nous devrions nous arrêter et nous mènent bien plus loin que nous ne devrions aller? J'en suis un exemple frappant.

Dois-je te faire cet aveu? Oui, ne cachons rien à l'amie de mon coeur; je rougis moins de te le dire que d'en avoir eu la folie. Une circonstance va te la développer tout entière, et te fera voir en même temps la bonté, la douceur et le vif intérêt de mon père pour moi, la justesse de son esprit, la force de son âme, de son attachement et de sa complaisance. Elle me fit connaître plus que jamais à quel point il méritait tout mon coeur et mon amour; aussi son image le remplira-t-elle toujours, et ne s'en effacera qu'avec ma vie.

Dans la même maison que nous occupions végétait une vieille dévote, veuve et âgée, qui ne croyait son temps bien employé qu'en passant la plus grande partie du jour à courir les églises. Elle avait trois enfants. L'aîné, débauché dans toute l'étendue de l'expression, ne fréquentait que la plus mauvaise compagnie; à peine le connaissions-nous de vue. Jouissant du bien qui lui revenait de son père, il le dissipait avec profusion. Son frère, de beaucoup plus jeune, avait quelques mois au-dessus de seize ans lorsqu'il quitta le collège pour revenir chez sa mère. C'était un garçon beau comme on peint l'Amour, d'une humeur égale et d'un caractère fort doux. Ils avaient une soeur fort gentille, qui atteignait ses quinze ans et demi.

Représente-toi, chère Eugénie, une petite brune claire, teint animé, oeil vif, nez troussé, bouche agréable et vermeille, taille découplée, toute mignonne, d'une vivacité pétulante, folle autant qu'il se puisse, et outre cela très amoureuse; mais fine, et en même temps discrète sur ce qui pouvait avoir trait à ses plaisirs. Tous les jours elle plaisantait sur les sermons que lui faisait de temps en temps sa bonne dévote de mère. J'avais lié connaissance avec elle plus particulièrement huit ou neuf mois après le départ de Lucette et, par cette occasion, j'avais fait celle de son jeune frère lorsqu'il revint avec elle. Souvent ils venaient me voir et il ne se passait guère de jours que nous ne fussions ensemble. Sa mère en était d'autant plus satisfaite qu'elle me donnait journellement pour exemple à sa fille. Il est vrai que je tenais de la nature et de l'éducation que je recevais de mon papa un air plus réservé. Ne penses-tu pas, Eugénie, avec moi que si, dans nos usages, l'amour dégrade nos réputations, l'imprudence dans le choix et dans la conduite y contribue totalement, et surtout ces airs de coquetterie, ces façons libres et qui ne tiennent à rien, quoique souvent elles ne vont pas plus loin; tandis qu'une hypocrite, une dévote, une femme attentive aux dehors les sauvent en jouissant sous le voile du mystère; mais elles conservent leur réputation sous ces apparences; elles font bien, et mieux encore si elles ont la prudence de mettre un frein à leur langue sur la conduite des autres; modération qui détourne les curieux ou les intéressés de l'examen recherché qu'ils pourraient faire. Encore une fois, ce n'est pas dans le fait, c'est dans les manières et par un mauvais choix qu'on se perd.

Je m'aperçus bientôt que mon père les étudiait avec attention; il jugea Vernol et sa soeur. Il me dit que Rose en savait plus que sa nourrice ne lui en avait enseigné, et que si, sur le plaisir et la jouissance, elle était plus ignorante que moi, ce dont il doutait, elle avait grande disposition à en apprendre davantage, et que si j'étais curieuse de juger de ses connaissances, je pouvais l'éprouver. Les différents badinages où je l'engageai depuis me mirent à même d'en porter le même jugement. Mais il s'expliqua peu sur Vernol.

Mes talents s'étaient perfectionnés. Musicienne, pinçant la harpe avec délicatesse, chantant avec goût, déclamant avec intelligence, j'avais formé une société où j'admis Rose et Vernol. Bientôt il eut par là le moyen de me faire apercevoir la passion qu'il avait prise pour moi. Il me cherchait, il me suivait sans cesse, les prétextes ne lui manquaient pas. Ses rôles étaient animés, remplis d'attention, de soins, de complaisance: tout me disait ce qu'il n'osait prononcer.

Je m'en aperçus, et, lorsque j'en fus persuadée, j'en fis part à mon papa avec ce ton et ce sourire qui annoncent la plaisanterie: