Je la pressai autant qu'il fut en mon pouvoir de le satisfaire. Je combattais les raisons de cette fille par toutes celles qui me vinrent à l'idée, dans un âge où je n'avais pas d'expérience ni grandes ressources à donner; mais soit que son imagination, sa curiosité et ses désirs fussent d'accord avec mes raisonnements, elle me parut facilement s'y rendre. Je lui fis promettre en même temps de me faire le détail du plaisir qu'elle aurait eu. Elle m'en donna sa parole, en me recommandant toujours ce que nous appelâmes dès lors notre secret. Depuis ce moment nous ne nous quittions presque plus.

Quelques jours après, nous fûmes invitées d'une noce des parents de Justine. Ces sortes d'invitations sont assez en usage dans les petites villes de province. Elle ne manqua pas de s'y rendre une des . premières, avant que nous y allassions. Isabelle me dit en riant que cette occasion était bien favorable pour la tromper, car je l'entretenais tous les jours dans le projet d'en passer sa fantaisie. Je saisis d'abord cette idée et je lui dis qu'en effet ma tante, croyant que nous irions ensemble, ne manquerait pas, de son côté, d'aller chez quelques-unes de ses amies; qu'il fallait qu'elle fût et se tînt dans la chambre de Justine; que sans doute Courbelon ne manquerait pas de venir à la danse comme font ordinairement les jeunes gens, même sans être invités; que l'espérance de la trouver l'y amènerait plus sûrement; qu'aussitôt que je le verrais, je lui dirais qu'elle avait à lui parler et qu'il se rendît dans la chambre de cette fille, où elle serait à l'attendre.

— Non, non, je ne le veux pas, me dit-elle en rougissant.

Mais je la pressai, je mêlai mes caresses à mes engagements; et soit qu'elle fût bien aise qu'ils voilassent ses désirs, ou soit que je la déterminai, elle y consentit. Je n'avais pas fini de m'habiller que ma tante était déjà partie.

Je m'en fus donc seule. Effectivement, je trouvai Courbelon qui était arrivé; je m'approchai de lui et je parvins à lui dire, sans affectation et sans qu'on s'en aperçût, ce que j'avais projeté; il ne tarda pas à disparaître. Quelques instants après je ne le vis plus. Je regrettais de n'être pas encore à mon poste. Mais comme je me flattais qu'Isabelle me rendrait compte de tout ce qui se serait passé, je me consolai et je participai de mon mieux aux plaisirs de la fête où j'étais puisque je ne pouvais être de celle de ma cousine.

Justine m'avait demandé, lorsque j'entrai, pour quelle raison Isabelle n'était pas avec moi. J'imaginai de lui dire que ma tante avait voulu sortir avec elle, mais qu'elle ne tarderait pas à venir prendre sa part du divertissement et me rejoindre. Elle prit d'abord mon conte le mieux du monde; cependant, voyant que Courbelon n'y était plus depuis longtemps et que ma cousine n'arrivait point, elle prit de la défiance et, sans s'expliquer avec moi, elle ne put s'empêcher de me dire qu'elle avait lieu d'être surprise du départ de l'un et du retard de l'autre. A peine venait-elle de me tenir ce propos que Courbelon arriva, et ma cousine peu après. Justine disparut à son tour; je le fis remarquer à Isabelle à qui j'avais répété ce qu'elle m'avait dit. Elle soupçonna dans l'instant que cette fille était retournée au logis, ce qui lui donna de l'inquiétude. Justine revint et ne fit rien paraître; mais elle avait fait des recherches et pris des informations qui l'instruisirent autant qu'elle le désirait. Nous rentrâmes chez ma tante. Il me tardait que nous fussions couchées pour questionner en liberté ma cousine.

Je lui dis que j'étais fatiguée de la danse; Isabelle en dit autant, quoiqu'elle n'eût point pris part à cet exercice: elle l'avait toujours refusé sous quelque prétexte, qui n'était pas néanmoins le véritable. Nous fûmes donc nous mettre au lit. Quand je la tins dans mes bras, je voulus mettre ma main où elle avait reçu les plus grands coups; mais elle la repoussa en me disant qu'elle y souffrait trop de douleur.

Il ne m'en fallut pas davantage pour la sommer de sa parole et la presser de me la tenir:

— Ah! ma chère Rose, ma curiosité a été bien mal satisfaite. Courbelon est venu comme les autres fois. J'avais l'oreille au guet, je fus lui ouvrir, il s'est jeté à mon cou.

Après bien des baisers et des caresses, il m'a prise dans ses bras et m'a portée sur le pied du lit en promenant ses mains partout où il a voulu, d'autant que je m'y prêtais sans feindre aucune résistance. Enfin, m'ayant penchée sur le lit, il m'a enfoncé son vit qu'il avait mouillé de salive; mais quelle douleur ne m'a-t-il pas faite; ce vit, d'une grosseur énorme, me déchirait; je n'osai crier, j'en versais des larmes. Il tâchait de me consoler en m'embrassant et en m'assurant qu'une seconde fois je n'aurais plus que du plaisir. Il me trompait: il y revint et ma douleur fut aussi vive, je souffrais tout ce qu'on peut endurer. Il s'y présenta une troisième fois; je ne voulais plus y consentir; il me pressa si fort, en y joignant tant de baisers et de caresses, que je ne pus lui refuser. Il s'y prit si doucement et avec tant de précautions que je croyais ne plus endurer un tel tourment, mais il fut presque le même. Ces vives souffrances que j'ai ressenties, jointes à la crainte des enfants qui s'est retracée plus fortement à mon imagination, m'éloignent d'une pareille épreuve. Il m'en reste même une cuisson si grande que je ne puis encore y toucher sans renouveler mes douleurs, et c'est ce qui m'a fait refuser de participer à la danse.