— Qu'il serait délicieux dans ce moment, s'écria-t-elle, d'être dans un bain où nous puissions nous rafraîchir! Le feu me dévore.

Mon papa se leva et fut tirer un cordon qui était à côté de la niche. Aussitôt le dessus du meuble qui y était fut enlevé, et découvrit un bassin à trois robinets qui jetaient à volonté de l'eau chaude, froide ou de senteur.

— Voilà qui est magnifique, c'est ici le palais des divinités. Je vais, dit Rose, ressembler à une naïade, mais je ne serai pas la seule. En peu d'instants, elle parut avec les seuls ornements des nymphes; elle s'empara de moi, et pressa Vernol et mon papa de l'aider à me mettre dans le même état: en un clin d'oeil, tout disparut de dessus moi. Rose fit un signe à son frère qui se montra bientôt en Sylvain pendant qu'elle et moi nous prêtions notre secours à mon papa. Mes regards furtifs avaient déjà détaillé Vernol: qu'il était bien fait, et qu'il me paraissait agréable! La jeunesse et la fraîcheur brillaient de tous côtés: au milieu de la blancheur et de l'éclat d'une jeune fille, on voyait le trait qui caractérisait un homme. Nous nous plongeâmes tous quatre à la fois dans ce bassin, ils étaient l'un et l'autre rayonnants de gloire. Tous consumés d'un feu dévorant, nous étions semblables à des fournaises sur lesquelles on jette de l'eau et qui n'en deviennent que plus vives. Deux lances en arrêt nous menaçaient tour à tour, mais le combat ne nous effrayait pas: en proie aux mains folâtres et passionnées, aux baisers amoureux et lascifs de nos tritons, nous leur rendions les mêmes caresses, nous badinions avec leurs flèches, ils s'étaient emparés de nos carquois. Dans ce moment, mon papa eut la prudence de plonger l'éponge au fond du mien lorsque j'y pensais le moins. Vernol voulait entrer en lice mais, par une adresse si naturelle aux femmes et si propre à aiguiser les désirs, je l'arrêtai et me sauvai du bassin. Rose me suivit. Bientôt ils furent dehors.

La fraîcheur qu'ils sentirent en sortant leur donna sur la crête, leur humilité momentanée nous laissa le temps de nous essuyer et, nous étant couvertes simplement de robes légères et transparentes qui ne gênaient presque point la vue ni les larcins, et que mon papa tira d'une armoire cachée par une glace mobile, nous nous étendîmes sur les bergères. A peine y étions-nous qu'il fit descendre du plancher, par un autre cordon, une table servie de mets délicats, de vins et de liqueurs semblables à celles dont nous nous étions si bien coiffés, et qui nous achevèrent. Tout y était propre à augmenter l'ardeur qui nous dévorait déjà.

Vernol était dans une impatience prodigieuse; mais, ce que je n'aurais pas attendu de celle de Rose, elle ne perdit rien de sa gaieté. Pour moi, dont la volupté était plus délicate, je jouissais par les yeux, par les mains; mais j'étais moins empressée d'arriver au but, que j'envisageais avec plus de satisfaction en exaltant le désir, et je me trouvais en cela d'accord avec mon papa. Vernol et Rose furent donc obligés de modérer leur impatience, ce qui fut plus facile à Rose qui, par nos caresses et nos attouchements, avait déjà, de son aveu, ressenti trois fois les délices du plaisir. Enfin, elle appela ce service le souper de noce; l'hymen n'y présidait guère, mais qu'importe, la volupté y régnait; elle seule nous suffisait et nous enchantait. On la voyait au milieu de la table, couronnée par le dieu des jardins, tenant son sceptre en main; dans les quatre coins il y avait des groupes entrelacés et dans les attitudes qui annonçaient le plus doux des moments. Entre eux, de vieux satyres jaloux présentant leurs offrandes, que des nymphes chassaient et que les plaisirs fuyaient: tout inspirait, tout animait. Rose, le verre et la bouteille en mains, sa robe ouverte, développant ses appas et ses grâces, répandait la flamme dans nos veines; ce qu'elle nous versait devenait un torrent de feu.

Je désirais enfin moi-même avec violence, rien ne m'eût effrayée. Nos attraits, presque toujours à découvert, produisaient le même effet, et nous voyions sans cesse à nos yeux des signes palpables de leur pouvoir. Enfin, chère Eugénie, parlons sans figure: ils ne débandaient point.

Rose, ne pouvant plus y tenir, s'écria:

— Vernol, prends ta femme. Pour moi, me jetant entre les bras de mon papa, je tiens mon mari.

Elle s'était déjà saisie de son vit qu'elle fixait depuis longtemps, déjà Vernol me tenait embrassée et sa main s'était emparée de mon con, lorsque mon papa nous arrêta:

— Attendez, mes enfants, il y a une condition à laquelle j'attache ma complaisance; il est juste que j'en sois payé.