2o L’origine commune des poissons et des oiseaux, les premiers produits par les eaux inférieures, les oiseaux par les eaux supérieures, parce qu’ils s’approchent dans leur vol de la voûte azurée, que le peuple n’imagine pas être élevée beaucoup plus que les nuages.

De même, ce peuple croit que les étoiles sont attachées à la voûte céleste comme des clous: plus petites que la lune, infiniment plus petites que le soleil. Il ne distingue les planètes des étoiles fixes que par le nom d’errantes. C’est sans doute par cette raison qu’il n’est fait aucune mention des planètes dans tout le récit de la création. Tout y est représenté relativement à l’homme vulgaire, auquel il ne s’agissoit pas de démontrer le vrai système de la nature, et qu’il suffisoit d’instruire de ce qu’il devoit à l’Être suprême, en lui montrant ses productions comme bienfaits. Toutes les vérités sublimes de l’organisation du monde, si l’on peut parler ainsi, ne doivent paroître qu’avec le temps, et l’Être souverain se les réservoit peut-être, comme le plus sûr moyen de rappeller l’homme à lui, lorsque sa foi, déclinant de siècles en siècles, seroit timide, chancelante et presque nulle; lorsqu’éloigné de son origine, il finiroit par l’oublier; lorsqu’accoutumé au grand spectacle de l’univers, il cesseroit d’en être touché, et oseroit d’en méconnoître l’Auteur. Les grandes découvertes successives rafermissent, agrandissent l’idée de cet Être infini dans l’esprit de l’homme. Chaque pas qu’on fait dans la nature produit cet effet, en rapprochant du Créateur. Une vérité nouvelle devient un grand miracle, plus miracle, plus à la gloire du grand Être, que ceux qu’on nous cite, parce que ceux-ci, lors même qu’on les admet, ne sont que des coups d’éclat que Dieu frappe immédiatement et rarement; au lieu que dans les autres il se sert de l’homme même pour découvrir et manifester ces merveilles incompréhensibles de la nature, qui, opérées à tout instant, exposées en tout temps et pour tous les temps à sa contemplation, doivent rappeler incessamment l’homme à son Créateur, non-seulement par le spectacle actuel, mais encore par ce développement successif.

Voilà ce que nos théologiens ignorans et vains devroient nous apprendre. Le grand art est de lier toujours la science et la nature, avec celle de la théologie, et non de faire heurter sans cesse des choses saintes et la raison, les croyans fidèles et les philosophes.

Une des sources du discrédit où les livres saints sont tombés [(I)], ce sont les interprétations forcées, que notre amour-propre, si orgueilleux, si absurde, si rapproché de notre misère a voulu donner à tous les passages que nous ne pouvons expliquer. De là sont nés les sens figurés, les idées singulières et indécentes, les pratiques superstitieuses, les coutumes bizarres, les décisions ridicules ou extravagantes dont nous sommes inondés. Toutes les folies humaines se sont étayées tour-à-tour des passages rebelles aux interprètes, qui s’évertuent, s’obstinent et ne doutent de rien; comme si l’Être suprême n’avoit pas pu donner à l’homme des vérités, qu’il ne devoit connoître, savoir, approfondir, que dans les siècles à venir. Du moment où vous admettez que la Bible est faite pour l’univers, songez que l’on fait aujourd’hui bien des choses que l’on ignoroit il y a quarante siècles et que dans quarante mille autres années, on saura des faits que nous ignorons. Pourquoi donc vouloir juger par anticipation? Les connoissances sont graduelles et ne se développent que par une marche insensible, que les révolutions des empires et de la nature retardent ou ralentissent. Or l’intelligence de la Bible, qui existe depuis un si grand nombre de siècles, qu’il y a bien peu de choses à citer d’une aussi haute antiquité, demande peut-être encore un long période d’efforts et de recherches.

L’un des articles de la Genèse qui a singulièrement aiguisé l’esprit humain [(II)], c’est le verset 27 du chapitre I:

«Dieu créa l’homme à son image, il les créa mâle et femelle.»

Il est bien clair, il est bien évident que Dieu a créé Adam androgyne; car au verset suivant (verset 28), il dit à Adam: «Croissez et multipliez-vous; remplissez la terre.»

Ceci fut opéré le sixième jour; ce n’est que le septième que Dieu créa la femme; ce que Dieu fit entre la création de l’homme et celle de la femme est immense. Il fit connoître à Adam tout ce qu’il avoit créé: animaux, plantes, etc. Tous les animaux comparurent devant Adam.

«Adam les nomma tous: et le nom qu’Adam donna à chacun [(III)] des animaux est son nom véritable.»[23]

«Adam appela donc tous les animaux d’un nom qui leur étoit propre, tant les oiseaux que les bêtes, etc.»[24]