Mirabeau écrivit aussi à Vincennes un traité de l’Inoculation, une grammaire et une mythologie destinés à l’éducation de Mme de Monnier.
Il traduisit aussi les contes de Boccace qu’il jugeait ainsi (Lettre à Sophie du 28 juillet 1780): «Je crois en général que Boccace a été trop vanté; il a cependant du naturel et du comique. Mais quand on a lu ce qu’a fait en ce genre Hamilton, soit dans ses contes, soit dans les mémoires de Gramont, on n’aime plus aucun conteur.»
Enfin, il y écrivit son Erotika Biblion et ces ouvrages hardis que M. Pierre Louys, dans sa préface d’Aphrodite, appelle les romans de Mirabeau, c’est-à-dire le Libertin de qualité et peut-être Hic et Haec.
Ma Conversion parut en 1783.
Cet ouvrage, d’un genre tout nouveau, fut bientôt remarqué[8]. C’était la première fois sans doute que l’on faisait un personnage romanesque de l’homme qui vit aux dépens des femmes. Le roman était animé; assez grossier, il contenait des termes empruntés à l’argot spécial des brelans et des tavernes. Le libertinage affectait à chaque page des allures conquérantes. Don Juan levait des impôts dans le pays de Tendre et blasphémait avec une liberté réaliste encore nouvelle dans la littérature. Les Mémoires secrets ne manquèrent point de signaler un livre aussi scandaleux et la mention qui est faite des estampes qui enrichissent le livre suffira à donner idée de l’ouvrage qu’on ne peut guère résumer.
«5 janvier 1785. Ma Conversion, par M. D. R. C. D. M. F., c’est-à-dire par M. de Riquetti, comte de Mirabeau fils.
Tel est le titre de cet ouvrage qui, quoique imprimé dès 1783, n’a commencé à percer que vers la fin de l’année dernière. Il est, en effet, de nature à ne se glisser que lentement et dans les ténèbres. Il est précédé d’une Épître dédicatoire à Monsieur Satan. On peut juger par ce début quel doit être le fond du livre. Le frontispice l’annonce également. On y voit l’auteur à son bureau. L’Amour et les Trois Grâces, transformées en trois Garces nues, vers lesquelles il se retourne, semblent guider sa plume. On dirait que le Diable, en face, n’attend que le moment de recevoir l’hommage de cette production, et Mercure se dispose à la publier.
Au haut est un médaillon où l’on lit: Ma Conversion. Et au bas, pour légende: Auri sacra fames. Cinq autres estampes enrichissent et développent le sujet.
La première roule sur le début du héros, qui commence par une financière payant bien. Il est peint l’excitant vigoureusement et ne voulant la satisfaire que lorsque l’or paraît. Au bas, on lit: Voyez son cul, comme il bondit!