Saint Jérôme, dans son commentaire sur Jérémie, ch. 50, v. 39, donne aux faunes l’épithète de ficarii, qui avaient des figues. Il faut conjecturer que, par ce mot, ce Père de l’Église a voulu dépeindre la laideur de ces faunes, dont le visage était couvert de pustules et de boutons; ce qui n’est pas sans apparence de vérité, car ficus, figue, figurément pris, désigne une tumeur, une sorte d’ulcère qui ressemble à ce fruit.
Mais, n’en déplaise à saint Jérôme, le texte hébreu porte HM, qui signifie proprement un spectre, une chose qui inspire la terreur, d’où dérive le mot hébreu EIMA, qui veut dire épouvante. Et comme on représentait les faunes et les satyres, moitié hommes et moitié boucs, fort velus, violant femmes et filles, dont ils étaient la terreur; que, d’un autre côté, nul animal de sa nature n’est plus enclin à la lasciveté que le bouc, il est permis de croire que l’opinion de Berruyer, qui rend ses faunes très actifs, SICARII, doit prévaloir sur celle de saint Jérôme. En effet, le mot grec σάθη, en latin veretrum, d’où est formé celui de satyre, indique assez la lubricité des inclinations de ce vil animal.
Au reste, le bouc est placé parmi les divinités de l’Égypte que l’on honorait le plus: il avait un culte tout particulier. Les femmes n’avaient point horreur à lui soumettre leurs corps, et les hommes ne dédaignaient pas de caresser leurs chèvres; dans leur délire superstitieux, ils allaient quelquefois jusqu’à se prosterner devant un bouc et à baiser le derrière de ce puant animal (Voyez la Bible de Voltaire, au chapitre du Lévitique): de là vient sans doute que la Bible, en parlant des idoles, les appelle les vilus, SAHIRIM, et lorsque le prophète Isaïe dit, ch. 13, v. 21, que les velus danseront, PILOSI SALTABUNT, il faut l’entendre, disent les interprètes, des démons qui emprunteraient quelquefois cette forme sauvage.
Je ne me hasarderai pas à contester l’existence de ces hommes capripèdes; je me tiens respectueusement aux Saintes Ecritures et à ce qui en est rapporté par saint Jérôme, qui nous apprend que saint Antoine, dans son désert, fit la rencontre d’une espèce de nain, au front cornu, aux narines crochues, aux pieds de bouc, qui lui présenta des dattes et l’assura qu’il était un de ces habitants que les païens avaient honorés sous le nom de faunes et de satyres; qu’il était député vers lui, pour le conjurer d’intercéder pour eux près le Dieu commun, qu’ils savaient bien être venu en terre pour le salut du monde. (Inter saxosam convallem haud grandem homunculum vidit aduncis naribus, fronte cornibus, asperatâ, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes desinebat, et responsum accepit Antonius: Mortalis ego sum unus ex accolis eremi, quos vario errore delusa gentilitas, faunos satyrosque vocans, colit. Precemur ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi venisse cognovimus. S. HIERONYMUS, in Vita S. Pauli.)
Preuve indubitable qu’il existe des démons sous la figure de boucs. Néanmoins le cardinal Baronius prétend témérairement que le satyre qui entra en colloque avec saint Antoine n’était qu’un singe, né probablement du commerce honteux de cet animal avec des filles, que Dieu doua de la parole, ainsi qu’il en avait fait autrefois pour le serpent et l’ânesse de Balaam, dont parlent la Genèse et les Nombres (Gen., cap. III, v. 1.—Num., cap. XXII, v. 28.) Mais qu’est-ce que l’opinion d’un cardinal contre celle d’un saint et de toute une antiquité qui déposent contre lui?
SUR L’ANOSCOPIE
Du grec ανα, au-dessus, et de σκοπιὰ, action d’épier, formé de σκοπεω, je considère, je contemple.—Astrologie judiciaire, jonglerie.
SUR LA LINGUANMANIE
Du latin lingua, langue, et du grec μανία, fureur, dérivé de μαινομαι, rendre furieux.
I.—«C’étaient des maisons publiques où les hommes et les femmes pêle-mêle s’abandonnaient à tous les genres de libertinage.»