La prostitution date de la plus haute antiquité. Les Orientaux l’admirent dans le culte de leur religion et ne la considèrent point comme un dérèglement de mœurs; ils la consacrèrent d’abord à célébrer le premier instant de l’existence de l’être auquel ils ouvraient le sentier de la vie. Elle fut ensuite un des moyens puissants d’accroître et de propager l’espèce humaine. Dans les temps patriarcaux, nous trouvons Ada et Selles, concubines de Lamech, père d’Abraham, se distinguer dans le métier, et leur progéniture bravement suivre leur exemple. (Gen., chap. IX, v. 19; V. et VI, 1, 2, 3, 4.)

Aux petits soins avec Abraham, la jeune Sara, dont Dieu avait fermé le sein, conclusit, met dans le lit de son mari la fraîche et gentille Agar, sa servante (Gen., chap. XVI, v. 2, 3, 4.) Nous voyons Sodome et Gomorrhe et toutes les villes de la Pentapole dans la Palestine livrées à une souillure infâme. (Gen., chap. XIX, v. 4, 5, 6, 7, 8.) Pheiné, de connivence avec Thamma, deux filles de Loth, prennent goût à la bagatelle, et, commettant un inceste avec leur bonhomme de père, dans le dessein de repeupler la terre, se font engrosser par lui, après l’avoir enivré au sortir de Sodome, dont tous les habitants viennent d’être rôtis par un déluge de soufre, pour avoir pris saint Pierre pour saint Paul (Gen., ch. XIX, v. 24, 30 à 38.) Lia et Rachel, épouses de Jacob, lui prostituent leurs servantes (Gen., ch. XXIX, v. 22, 23 et 28) et Ruben séduit Bela, concubine de son père (Gen., ch. XXXV, v. 22.) Juda fait épouser Thamar, la veuve de son fils aîné Her, par son second fils Onan, qui élude le devoir conjugal au moyen de la masturbation (Gen., ch. XXXVIII, v. 8 et 9). Et cette même Thamar, sur un grand chemin, escamote avec adresse un enfant à son beau-père Juda, qui, en s’évertuant avec elle, croit être avec une femme publique (Gen., XXXVIII, v. 14, 15, 16.) De cette surprise incestueuse, si salutaire au genre humain, naquit Pharès, l’un des ancêtres de Jésus-Christ. L’amoureuse Nitiflis, femme de Putiphar, sollicite l’imbécile Joseph à de voluptueux ébats, mais il refuse obstinément de s’unifier avec elle (Gen., ch. XXXIX, v. 7, 8, 9). La bestialité et la pédérastie étaient fort connues dans le pays de Chanaan (Exod., ch. XXII, v. 19). On s’y polluait devant la statue de Moloch (Lévit., ch. XVIII, v. 21). Parmi les femmes publiquement madianites qui, du temps de Moïse, corrompirent, à Setim, le corps et l’âme du peuple juif, se trouva la jolie prostituée Cozbi, fille de Jur, prince très noble des Madianites, avec laquelle était couché dans un b..... in lupanar, Zambri, fille de Salu, prince de la maison et lignée de Siméon, lorsque le pieux et fanatique Phinées, petit-fils du grand prêtre Aaron et fils d’Eléazar, tout transporté d’une sainte colère, entra dans le b....., une dague à la main, et transperça d’un seul coup les deux délinquants ensemble, vers les parties de la génération (Num., cap. XXV, v. 1, 2 à 28; Arrepto pugione ingressus est... in lupanar et perfodit ambos simul, virum scilicet et mulierem, in locis genitalibus.)

Ce fut une femme publique nommée Rahab, qui mue par cette généreuse pitié si naturelle aux filles de son espèce, cacha au haut de sa maison, sous de la paille, les espions qui s’étaient délassés avec elle de leurs fatigues, et que Josué avait envoyés à Jéricho, pour reconnaître la ville avant de l’assiéger (Jos., cap. II, v. 1, 6).

Passons maintenant au Livre des Juges. Le robuste Samson se rend un jour dans la ville de Gaza; il voit sur sa porte une courtisane, avec laquelle il couche jusqu’à minuit (Jud., cap. XVI, v. 1, 3). Ensuite il devint éperdument amoureux de Dalila, dans la vallée de Sorec, autre fille de joie. Dans un de ces moments de voluptueuse ivresse où le cœur nageant dans l’élément du plaisir, est incapable de rien refuser à l’être qui vous le procure, Samson, après avoir trompé trois fois son amante sur le secret de sa force, a enfin la faiblesse de lui dire, et comme il est impossible à la femme de porter loin un secret, elle le trahit à son tour en le faisant connaître aux Philistins, qui lui crèvent les yeux (Jud., cap. XVI, v. 4 à 22).

Aimez-vous à consulter les Livres des Rois?... Eh bien! ouvrez celui de David, et vous verrez ce prophète-roi qui avait épousé Micho, fille de Saül, s’en donner avec l’impudique Abigaïl, femme de Narbal, qui lui inocula la v..... (malum) (I. Reg., cap. XXV, v. 35, 40). Le saint homme de roi accolait en même temps plusieurs autres concubines et femmes de Jérusalem, auxquelles il fabrique des enfants, ce qui ne l’empêche nullement d’enlever la sensible Bethsabée, femme du brave Urie, qu’il épouse après avoir fait assassiner son mari dans les combats (II. Reg., cap. XI, v. 2, 4, 17), afin sans doute qu’il n’y eût plus de vestige de fornication. Dans sa vieillesse, il se réchauffe, faute de bassinoire, dans les bras de la jeune Sunamite, et ne la déflore pas: Non cognovit eam (III. Reg., cap. I, v. 4). Tel père, tel fils, dit le proverbe, et les enfants de David le justifient: son fils Ammon brûle d’une flamme incestueuse pour sa sœur Thamar, et sur le perfide conseil de son cousin germain Jonadab, il la viole au moment qu’elle lui présente un potage apprêté de sa propre main; puis il la renvoie fort brutalement. Absalon, irrité de l’outrage fait à sa sœur, saisit, deux ans après, l’occasion d’un splendide festin, au milieu duquel il immole Ammon, en présence de ses autres frères qui fuient épouvantés. (II. Reg., cap., XIII, v. 8 à 30). Ce fratricide met ensuite le comble à ses forfaits en couchant publiquement avec toutes les concubines de son père. (II, Reg., cap. XV, v. 22).

Si nous descendons jusqu’au troisième Livre des Rois, nous voyons le type de la sagesse, le fils de l’adultère Bethsabée, Salomon enfin, dont la haute sapience avait acquis si haute renommée dans l’Orient, participer à l’humaine faiblesse et rouler dans son palais sur sept cents épouses et trois cents concubines, dont «les nez ressemblaient à la tour du mont Liban qui regarde du côté de Damas (Cant., VII, v. 4); les yeux à ceux des colombes (Cant., I, v. 14; IV, v. 1); les tétons à des faons de chevreuil (Cant., VII, v. 3)», et qui, en un mot, étaient «belles comme les tentes de Cédar et les peaux de Salomon (Cant., I, v. 1)».

Les allures galantes des courtisanes de son temps ressemblent beaucoup au manège de nos femmes publiques, qui le soir, dans les rues, vont recueillant les passants, pour les engager «à parcourir avec elles les deux monts de la myrrhe, la colline de l’encens (Ad montem myrrhæ et ad collem thuris. Cant., IV, 6), embrasser ensuite le figuier, et monter dessus pour en recueillir les fruits» (Cant., VII, 8), qui sont quelquefois si amers!...

Voici ce que ce roi en rapporte dans le livre des Proverbes, dont les uns renferment des erreurs, les autres de fastidieuses répétitions, et que l’Église cependant considère comme un petit chef-d’œuvre canonique, ouvrage du très Saint-Esprit:

«De la fenêtre de ma maison, j’aperçois un jeune insensé qui, sur le soir, et lorsque la nuit devient obscure, passe dans le coin d’une rue près de la maison d’une..... fille.—Je la vois venir au-devant de lui, en sa parure de courtisane; elle prend ce jeune homme, le baise et le caresse effrontément, lui disant: «JE ME SUIS ACQUITTÉE DE MON VŒU AUJOURD’HUI. C’est pourquoi je suis venue au-devant de vous, désirant de vous caresser. J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et de cinnamone. Venez: enivrons-nous de volupté jusqu’à ce qu’il fasse jour, et jouissons de ce que nous avons tant désiré. Mon mari n’est point à la maison: il est allé faire un voyage qui sera très long; il a emporté avec lui un sac d’argent, et il ne doit revenir que lorsque la lune sera pleine. (Cant., VII, v. 3).» «Entraîné par de longs discours et les caresses de ses paroles, le jeune homme la suit comme un bœuf qu’on amène pour servir de victime et comme un agneau qui va à la mort en bondissant.» (Prov., chap. VII, v. 6 à 22).

Il est à remarquer ici que cette prostituée sait mettre de l’ordre dans ses affaires. Dévote, avant de se livrer à ses impudiques plaisirs, qu’elle veut d’abord sanctifier par la prière, hodie vota mea Deo reddidi, elle aura tout le temps d’être amoureuse au lit. C’était aussi l’opinion de Wasselin, abbé de Liége, qui trouvait convenable de faire sa prière avant de se mettre à l’œuvre du coït. (Epist., ad Florinum abbat., tome I, Analect., page 339.) Cette pratique est passée en usage jusqu’à nos jours, car presque toutes les filles de joie, celles qui font leur métier en honneur et conscience s’entend, ornent d’un crucifix la cheminée de leurs réceptacles, qu’elles tapissent souvent d’images de l’Immaculée Conception, de saint Barnabas, de la Madone, mère de la pureté, avec son divin poupon sur les bras; elles font de temps à autre dire des messes pour le salut de leurs âmes et pour que Dieu leur envoie des chalands; quelques-unes, par excès de dévotion, y ajoutent la confession les dimanches et les jours de fête, et, dans l’intention de se rendre le ciel propice, la plupart portent sur elles des scapulaires de la Vierge et se font consœurs du Saint-Rosaire, du Sacré-Cœur ou de la Congrégation.