Le 27, il était si peu revenu de son erreur, qu'il fit reconnaître et attaquer Borizof par des chasseurs, qui passèrent sur les poutres du pont brûlé, et qui furent repoussés par les soldats de la division Partouneaux.

Le même jour, et pendant ces tâtonnemens, Napoléon, avec environ six mille gardes et le corps de Ney, réduit à six cents hommes, passait la Bérézina, vers deux heures de l'après-midi: il se plaçait en réserve d'Oudinot, et assurait contre les efforts à venir de Tchitchakof, le débouché des ponts.

Une foule de bagages et de traîneurs l'avaient précédé. Beaucoup traversèrent encore le fleuve après lui tant que le jour dura. En même temps, l'armée de Victor remplaçait la garde sur les hauteurs de Studzianka.

[Illustration]


[CHAPITRE VII.]

Jusque-là tout allait bien. Mais Victor, en passant dans Borizof, y avait laissé Partouneaux et sa division. Ce général devait arrêter l'ennemi en arrière de cette ville, chasser devant lui les nombreux traîneurs qui s'y étaient abrités, et rejoindre Victor avant la fin du jour. Partouneaux voyait pour la première fois le désordre de la grande-armée. Il voulut, comme Davoust au commencement de la retraite, en cacher la trace aux yeux des Cosaques de Kutusof, qui le suivaient. Cette vaine tentative, les attaques de Platof par le grand chemin d'Orcha, et celles de Tchitchakof par le pont brûlé de Borizof, le retinrent dans cette ville jusqu'à la fin du jour.

Il se préparait à en sortir, quand l'ordre lui vint d'y passer la nuit. Ce fut l'empereur qui le lui envoya. Napoléon crut sans doute par-là, fixer toute l'attention des trois généraux russes sur Borizof, et que Partouneaux les retenant sur ce point, lui donnerait le temps d'effectuer tout son passage.

Mais Witgenstein avait laissé Platof suivre l'armée française sur le grand chemin; lui, s'était dirigé plus à droite. Il déboucha le même soir sur les hauteurs qui bordent la Bérézina, entre Borizof et Studzianka, coupa la route qui joint ces deux points, et s'empara de tout ce qui s'y trouvait. Une foule de traîneurs, en refluant sur Partouneaux, lui apprirent qu'il était séparé du reste de l'armée.

Partouneaux n'hésita point. Quoiqu'il n'eût avec lui que trois canons et trois mille cinq cents combattans, il se décida sur-le-champ à se faire jour, fit ses dispositions, et se mit en marche. Il eut d'abord à s'avancer sur une route glissante, encombrée de bagages et de fuyards; contre un vent violent soufflant en face, et au travers d'une nuit obscure et glaciale. Bientôt le feu de plusieurs milliers d'ennemis, qui bordaient les hauteurs à sa droite, vint s'ajouter à ces obstacles. Tant qu'il ne fut attaqué que de côté, il poursuivit; mais bientôt ce fut en face, par des troupes nombreuses, bien postées, et dont les boulets traversaient de tête en queue sa colonne.