Mon rôle m'obligeant à la plus stricte impartialité, je donne ci-dessous les articles qui servent de base à l'opposition faite aux prétentions de la France par l'Institut colonial britannique;
Traité de 1783—Art. 3.
Convention de 1818 entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis.
Je ne parlerai pas des usages les plus ordinaires du sel, ou l'utilité de ce condiment indispensable pour la conservation des substances alimentaires. Je ne veux pas m'étendre sur les applications industrielles du sel qui sert à fabriquer la soude artificielle, à préparer le chlore et le sel ammoniac, à vernir certaines terres cuites. Je me garderai aussi de me plonger dans les ténèbres du passé, pour vous faire apprécier l'emploi du sel dans le culte. Chez les juifs, chez les païens, on s'en servait dans les sacrifices pour purifier et consacrer la victime. L'eau lustrale était salée, comme l'est encore l'eau bénite de nos jours, ce qui prouve bien, comme disait le roi Salomon, qu'il n'est rien de nouveau sous le soleil. Mais il est un sujet de la plus haute importance pour ce pays même, que je ne puis laisser passer sans vous en dire quelques mots; je veux parler du rôle du sel dans l'agriculture. Mélangé avec une certaine proportion de suie, il opère comme un amendement sur les terres arables et excite la fertilité de celles qui sont incultes. Il présente un remède efficace contre la carie. Mêlé aux semences, il les préserve des attaques des insectes. Il favorise la végétation des graines huileuses et en particulier du lin,—de ce lin qui sert à fabriquer quelques uns des fins tissus.
Le sel augmente aussi le produit des pâturages et des prairies; il améliore la qualité du foin, rend les fourrages grossiers plus nourrissants et les aliments humides moins nuisibles aux bêtes à corne et aux chevaux. Il préserve les bestiaux des maladies, rend leur chair beaucoup plus agréable, et augmente la quantité du lait chez les vaches et les chèvres. Mais de plus, le sel employé comme amendement peut modifier le climat. Oyez et écoutez ce que je vais vous dire. Il dépend de vous habitants du Canada, d'élever la température de vos rives, et d'accourcir vos hivers. Non point que je vous promette le ciel de l'Andalousie. Les effets du chlorure de sodium ne vont point jusque-là. Mais sérieusement parlant, vous pourriez rendre la froidure un peu moins âpre, et voici comment: Il est des sols qui absorbent le sel et qui sont échauffés par cette substance. Mais il en est d'autres qui ne l'absorbent pas complètement; le sel, entraîné par les eaux de pluie, va se mêler aux flots tumultueux des rivières et aux paisibles ondes des lacs, et au bout d'un certain nombre d'années, lorsqu'il est en assez grande quantité, il empêche ou retarde la congélation de l'élément liquide. Or, il faut avouer que toutes ces surfaces aqueuses solidifiées par les frimas et qui émaillent le beau Canada, sont de fameuses glacières qui ne contribuent pas peu à faire descendre le thermomètre à 40° au-dessous de zéro.
Enfin, le sel, c'est bien su, est très répandu dans la nature, soit en couches plus ou moins considérables dans le sein de la terre (ce qu'on appelle le sel gemme) soit en dissolution dans les eaux de la mer, de certains lacs et de certaines fontaines. En Espagne l'Aragon et la Catalogne renferment des gisements considérables de sel gemme. L'eau de la mer contient environ 3% de sel marin qu'on en retire en exposant l'eau à l'évaporation dans de vastes bassins creusés sur les bords de la mer, et qu'on appelle marais salants. En général, ils se composent: 1° d'un vaste réservoir dit jas, placé en avant des marais proprement dits, plus profond qu'eux et communiquant avec la mer par un canal fermé d'une écluse. On le remplit à marée haute. Il est destiné à conserver l'eau, afin qu'elle dépose ses impuretés, et à remplacer l'eau des autres bassins à mesure qu'elle s'évapore; 2° du marais proprement dit ou salin, situé derrière le jas et divisé en une multitude de compartiments séparés par de petites chaussées, destinées à multiplier les surfaces pour augmenter l'évaporation, et à recevoir des eaux de plus en plus concentrées; ces compartiments communiquent entre eux, mais de manière que l'eau n'arrive d'une case à une autre qu'après avoir parcouru une longue suite de canaux.
On juge que le sel va bientôt cristaliser quand l'eau commence à rougir; elle se couvre peu après d'une pellicule de sel qui coule au fond. On retire le sel sur les petites chaussés qui séparent les cases, et là il commence à s'égoutter. On répète cette récolte deux ou trois fois par semaine, depuis le mois de mai jusqu'au mois d'octobre.
Cette substance représente la vie d'un grand nombre d'hommes, et mes compatriotes y figurent pour une proportion très notable.
Le sel est le principal article de commerce entre l'Espagne et les îles Saint-Pierre et Miquelon.