Quant aux écoles, ne pourrait-on pas dire qu’elles ne font que des écoliers, et que les vrais maîtres sont les esprits avant tout conscients et respectueux des trésors acquis par un langage et par un art? Ceux-là, loin de vouloir tout remettre en question et de troubler de fond en comble, se contentent de joindre un jonc de plus à la Syrinx, et de faire moduler à la gamme éternelle un accord jusque-là inentendu et d’une plus ineffable mélodie.


V
A la princesse de Brancovan.

ROSES PENSANTES


Je ne connais guère les vers de celle qui fut la belle Mme Emile de Girardin—et surtout l’étincelant vicomte de Launay; car c’est bien principalement—je dirais presque uniquement, s’il n’y avait la célèbre Joie fait peur—sous le pimpant habit de ce courriériste sémillant que la postérité, qui fait son tri parmi les œuvres qu’on lui lègue, et compose la figure définitive d’un écrivain de ceux de ses traits qui ont le mieux assuré sa conquête, nous conserve le souvenir de cette superbe Delphine.

Elle avait pourtant débuté Muse. Sa beauté, que trahit lourdement le massif buste du Théâtre-Français, et sur laquelle ne nous édifie pas beaucoup mieux le falot portrait d’Hersent au Musée de Versailles, concourut à cette première manière, ratifiée elle-même par un sacre collectif de tous les maîtres du temps, rênés sous les boucles dorées de cette Aurore.

Nombre de prestiges parmi lesquels une correspondance avec Victor Hugo, l’amitié de Balzac, qui lui confia, dit-on, la composition de quelques-uns des vers de Rubempré, dans Les Illusions perdues—(et jusqu’à la collaboration des tables tournantes!)—complètent pour nous la fulguration de cette auréole, sous laquelle notre confiante mémoire aime à revoir s’azurer, comme deux bluets dans la moisson, les yeux que son amie Valmore—une vraie Muse, celle-là!—fait se rouvrir éternellement dans ces deux nobles vers:

La Mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde,

Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux.