Les Paysages évoquent d’un rythme baudelairien, d’ingénieuses comparaisons pour leurs successifs états, leurs diverses parures. Les strophes à Hébé sont pleines de la grâce noble de Chénier, d’un auguste enseignement et d’une langue divine comme la démarche et le péplos même de la déesse:
Belle proie indocile ou molle du sommeil,
Toi que l’amour lutine et baise sur les joues
Si fort que ton visage en est encor vermeil,
Et qui mêles la ruse aux grâces quand tu joues.
La Mélancolie est un site de Millet. Les battements dolents de l’airain font fuir du clocher de l’église en même temps que leur écho fait s’envoler du cœur du poète, un tourbillon d’oiseaux, un tourbillon de souvenirs.
L’Invocation aurait plu à Leconte de Lisle. Elle respire son souffle païen et s’élève comme un de ses plus célèbres poèmes contre
La honte de penser et l’horreur d’être un homme.
Elle redemande aux rustiques divinités toutes les forces et toutes les grâces dont les bêtes émoussent ou déçoivent tant de maux, intolérables pour notre vigilante et lancinante pensée humaine. Et l’auteur de la Mort du Loup eût aussi goûté cette exécratoire libation en sa boutade profonde.
La dernière pièce, le chef-d’œuvre, avec la première, revêt la métaphysique de Sully-Prud’homme d’une parure qui n’est pas sans faire penser à Léon Dierx, mais bien inspirée, toute personnelle. C’est un cantique d’amour d’une grave et gracieuse beauté, plein d’une intense ferveur, d’une digne résignation préventive aux inévitables changements, et qui se clôt sur un vers précédemment cité, un vers exquis, une pensée égale: