Lumière, où donc es-tu?
peut-être dans la mort.
Leconte de Lisle.
A l’auguste émotion que nous communiquaient, hier, ces tragiques nouvelles: «Leconte de Lisle se meurt! Leconte de Lisle est mort!» se mêlent aujourd’hui les détails d’une visite funèbre. Et je me remémorais, durant le trajet qui sépare Versailles de Louveciennes, une autre visite que je fis au Maître, quelques semaines passées. Il était déjà grandement changé, et du fond de son fauteuil, dans le cabinet de travail du boulevard Saint-Michel, il s’écriait en m’apercevant: «Mon ami, c’est un moribond que vous venez voir.»
Mais, au cours de l’entrevue, sa conversation s’animant, toujours pleine de traits et de saillies, avec pourtant quelque chose d’atténué par la douleur et où l’amertume fondait en de la mélancolie, on ne pouvait tenir le grand malheur pour si menaçant; et les plus proches croyaient encore à quelque mal qu’un changement d’air pouvait enrayer, que la paisible et radieuse campagne allait attendrir et mettre en fuite. Et lui-même n’en goûta-t-il pas encore l’illusion, il y a une semaine, quand, sauf des fatigues de Paris, il crut, une journée, retrouver un peu de santé dans l’historique et paisible asile qui avait été la résidence de Fanny?
Oui, le mal éternel est dans sa plénitude!
L’air du siècle est mauvais aux esprits ulcérés.
Salut, oubli du monde et de la multitude!
Reprends-nous, ô nature, entre tes bras sacrés!
Mais la nature et les soins pieux ne pouvaient plus, hélas! l’une, qu’offrir ses fleurs; les autres, que se répandre devant l’illustre cercueil que nous saluons aujourd’hui. Le banc d’André Chénier, ce banc de pierre où il s’asseyait avec Fanny et dont l’auteur des Poèmes barbares nous parlait avec émotion, ne reçut point de visite d’adieu. Et le banc de Leconte de Lisle, une pierre brisée qu’il avait choisie pour s’y reposer, ajoute un souvenir historique à ces mémorables ombrages.