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Quant à l’ensemble du dit, du soi-disant Musée, il est à peu près aussi bien aménagé que le permettent les pauvres choses qui le constituent.

C’est, au second étage de l’édifice, une salle un peu basse, pour sa longueur (une dizaine de mètres environ) éclairée, si je ne me trompe, par sept grandes fenêtres voilées de stores, à l’exception de celle du fond, pourvue d’un vilain vitrail, qui ornait la salle à manger de la patronne, au Quai Malaquais. Sur la frise du plafond peint, s’inscrivent circulairement les noms des batailles de Davoust, dont le buste et la statue figurent dans la pièce, mais avec assez peu de précision pour que l’on se demande, en y pénétrant, si elle est consacrée à l’éloge du guerrier, ou à la gloire du Cap Frehel et de son phare, dont le modèle, bien qu’en miniature, est encore assez grand pour prendre toute l’attention, et jeter bas le reste du décor.

Je suis loin de mettre en doute les sentiments filiaux professés par la défunte ; mais il ne me semble pas davantage douteux qu’elle en ait joué pour placer son ours et solenniser toute sa défroque.

Afin de pouvoir passer celle-ci en revue avec la familiarité qui convient, mettons à part les insignes du guerrier, et quelques-uns de ses objets de souvenir, lesquels seraient bien mieux à leur place au Musée de l’Armée. On peut aussi faire exception pour une ou deux jolies miniatures de famille.

Cependant, un objet domine tout cela, un chef-d’œuvre, peut-être le chef-d’œuvre de Ricard, un admirable portrait de la Marquise.

Je ne pense pas que celle-ci, qui n’avait aucun goût, l’ait apprécié ; elle appelle à son aide pour le trouver et prouver beau. Et ce grand renfort, excusez du peu, n’est rien moins que le grand Dominique. Nous lisons, en effet, à la page 29 du Catalogue de la Salle d’Eckmühl : « Mon portrait de grandeur naturelle, avec les mains, peint par Gustave Ricard. Le costume, — sauf le léger voile noir voulu par Ricard, en souvenir de la Joconde, — rappelle le costume du beau portrait de la Duchesse de Buckingham, par Van Dyck, aujourd’hui au Musée d’Amsterdam. Robe de velours noir, guipures blanches et nœuds bleus. Monsieur Ingres nous a dit, un jour, « que celui qui avait fait ce portrait était certainement un peintre. »

Or, par l’effet d’une de ces surprises de destinées, que les spiritualistes peuvent considérer comme une forme d’épreuves des âmes, dans l’Au Delà, ce magnifique portrait, grâce au despotisme de la Marquise, devenue dans la mort sa propre geôlière et sa tourmenteuse implacable, est voué à ne jamais sortir du cabinet Auxerrois, auquel le condamne son modèle.

L’Exposition de Ricard, jamais accomplie depuis sa mort, et d’autant plus impatiemment attendue, sera faite, on le devine, avec quel noble éclat. Mais l’exercice maladroit d’une volonté enfantine et terriblement étroite, en exclura certainement l’une des meilleures œuvres du peintre.

Ceci dit, essayons de donner une idée de ce qui constitue l’intérêt de cette surprenante collection et du catalogue qui la décrit avec tant d’amour. Un intérêt évidemment un peu différent de celui que lui souhaitait la donatrice. Mais ces maldonnes sont assez fréquentes :