Je crois voir la Reine de Saba offrant au héros du Maître de Croisset « le bouclier de Djann-ben-Djian, celui qui a construit les Pyramides », lorsque le Consul d’Espagne tend à Madame de Blocqueville ce miroir rond, seule glace des femmes touaregs, enfermé dans une boîte en peau d’hippopotame. Et voici le Commandant de Coatpont, avec son ibis, son prêtre (ou sa sorcière) ; Mouton, avec sa statuette folle ; la vieille amie de la gouvernante, avec son petit sanglier doré ; le Colonel Renou, avec les trois balles de la Tour Malakoff, servant de support à une cigogne ; Monsieur de Sedières, avec la grenouille qui porte, sur le flanc, un diable tricornard, faisant danser un crocodile ; Monsieur de Cissey célébrant la Comtesse Louise, avec la pompe arabe ; le Vicomte Davoust, avec la pile de sous renversés et mis en fusion par le tremblement de terre de la Guadeloupe. Voici la Vicomtesse de Janzé, avec son délicieux sabot pointu, et Mademoiselle de Boureuille avec sa gracieuse petite marmite ; la Princesse de Sayn, la marraine de confirmation, avec sa plume de corail ; la Comtesse de Gervillier avec ses croissants, et la Comtesse de Chaponay avec ses lanternes.
Voici le jeune Trobriand, avec la bague du bon Amatifou, le roi noir d’Attla, et le traducteur de Kheyam, avec le sequin de Lady Stanhope. Voici Madame Émile Ollivier, avec la mosquée de Pondichéry, sculptée dans la moelle. Enfin, les trois derniers, comme les trois Rois Mages, présentent, l’un, Monsieur Cirelli, le savon de Jérusalem ; l’autre, Dom d’Achille, le petit balai du Vatican ; et le Général Régis, la valve étonnante, peut-être bien, simplement, après tout, laissée, sur un sommet, par des touristes en excursion, des promeneurs en pique-nique.
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Ce défilé que j’évoque, il eut lieu dans la réalité, durant près d’un demi-siècle ; et il ne tient qu’à vous d’en voir processionner le reflet, dans les quarante-deux agendas que j’ai eu l’honneur de vous signaler, et que nous allons examiner maintenant.
Je me souviens d’un document arabe, qui représente le Fils de David en colloque avec la Reine des Fourmis. Celle-ci fait défiler de ses sujettes, devant le Roi des Rois, pendant je ne sais combien de jours, au bout desquels, elle apprend au souverain qu’elle en possède soixante et dix fois autant.
Il demande grâce.
Il y a de cela dans les agendas de Madame de Blocqueville.
Il y a aussi une forme renouvelée de la doctrine de Nietzsche, la théorie de l’éternel retour de Madame Beulé, de Mademoiselle de Lagrenée, de Miss Reed, des Diémer, des Dorange, des Rigodit, des Chiala et tutti quanti.
Les quelques fragments que je possède, de cet interminable fatras, se peuvent ranger sous trois rubriques. La première contiendra tout ce qui ressortit à une vanité naïve et folle, une vanité de vieille petite fille gâtée.
Elle-même en convient :